ÉDITORIAL. Blocage des lycées : priorité à la désescalade
« Les jeunes, c’est comme le dentifrice. Une fois sortis du tube, on ne sait pas comment les faire rentrer. » On ne sait pas qui a inventé la formule, reprise depuis plus de vingt ans à chaque mobilisation des moins de 25 ans, notamment contre le Contrat première embauche (CPE) en 2006.
La crainte d’un nouveau mouvement d’ampleur, incontrôlable, revient en cette rentrée. Il a démarré au lycée Saint-Exupéry de Créteil (Val-de-Marne) le 17 septembre par la mobilisation d’élèves en soutien aux revendications de leurs enseignants. Des réponses leur ont été rapidement apportées, avec l’affectation de personnels et la promesse de travaux d’urgence. Mais trop tard : la manifestation locale s’est transformée en mouvement national.
Du temps et des moyens…
Des violences inacceptables, auxquelles des forces de sécurité ont répondu de manière inappropriée ou disproportionnée dans plusieurs villes, attisent désormais les tensions de manière spectaculaire. Lundi encore, 589 établissements ont été « perturbés ». Comment éviter un « embrasement au niveau national », comme le redoute Philippe Baptiste, ministre de l’Enseignement supérieur ? Le Premier ministre a écrit à sept membres de son gouvernement, dimanche, en leur demandant d’ouvrir cinq chantiers prioritaires : renforcer le corps enseignant, rénover les bâtiments, alléger les emplois du temps, revoir Parcoursup et « donner des suites visibles à la parole des lycéens ».
« Ce dernier point est sans doute le plus important », estime Sébastien Lecornu, qui veut un traitement courant octobre de la consultation en ligne ouverte par l’Éducation nationale ce lundi 5 octobre, et la tenue de conseils de la vie lycéenne. « La confiance se rétablira lorsque chacun pourra constater ce qui change dans son lycée », écrit le Premier ministre en conclusion.
Il a raison… et c’est tout le problème auquel il doit aujourd’hui faire face. Parce que les changements susceptibles de satisfaire les lycéens demanderont du temps et des moyens qu’il n’a pas.
D’autres priorités en parallèle
Étranglée par le poids de la dette, la France n’est déjà plus libre d’investir dans l’avenir de ses enfants à hauteur des besoins et de leurs attentes. Il y a d’autres « priorités » à traiter en parallèle (hôpital, transition écologique, pompiers, défense, police, justice…) alors que les marges financières du pays sont réduites comme peau de chagrin. Un budget quasi impossible à faire accoucher par les voies normales avant la fin de l’année. Une élection présidentielle qui rebattra les cartes au printemps.
Lycéens, étudiants et enseignants, qui manifesteront ensemble ce mardi 6 octobre, le savent. La volonté affichée par le Premier ministre, 48 heures avant leur mobilisation, ne suffira pas à désamorcer le mouvement. Les lycéens doivent pouvoir défiler ce jour sans être brutalement réprimés. Ni détournés par des casseurs. À chacun de faire preuve de responsabilité pour parvenir à une indispensable « désescalade ».