Revue de presse

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Blocus des lycées : pas de visio, mais des listes de devoirs… Le grand bricolage des cours à distance

Ouest-France · 05/10/2026 · ← revue

Zoé, 16 ans, n’a pas pu se rendre en classe. Scolarisée en première, au lycée Chateaubriand, à Rennes, elle a été prévenue que son établissement restait fermé ce lundi 5 octobre sur décision préfectorale. Comme 400 à 500 lycées à l’échelle du pays.

Les enseignants ont eu pour consigne d’organiser des cours à distance. « Mais dans mon lycée, aucun cours à distance n’a eu lieu », indique la jeune fille de 16 ans. Elle a seulement reçu des devoirs à faire, via l’outil Pronote. « Ma prof de Maths m’a donné des exercices et mon prof d’histoire géo, des études de documents. Cela m’a pris environ deux heures durant la matinée », précise celle qui compte aller manifester ce mardi, bien qu’elle ait été « impressionnée par les débordements ».

« Nous n’avons pas d’outil de visio »

Du côté des profs, il a fallu s’adapter en urgence. Raphaëlle* enseigne l’anglais au lycée Gaspard-Monge La Chauvinière, un établissement du nord de Nantes qui a connu une forte mobilisation et des dégradations. « Le proviseur nous a informés ce week-end que le lycée allait rester fermé jusqu’à mercredi matin, pour protéger nos élèves et pour protéger notre établissement. » Mais travailler en distanciel ne s’improvise pas… « Il est impossible de faire un cours en vidéo, car nous n’avons pas d’outil de visio. »

Raphaëlle a écrit dès dimanche soir à ses élèves sur Pronote. La prof d’anglais leur a adressé un message d’empathie : « c’est important de leur dire qu’on est là pour eux ». Et leur a envoyé une première liste de devoirs : « des exercices en ligne, des extraits de films à commenter. » Impossible toutefois, de savoir si ses consignes seront suivies. « Je n’ai aucune prise pour vérifier ce que font les élèves. Il faut être conscient que beaucoup d’élèves de seconde n’ont pas d’ordinateur personnel. Et que certains n’ont pas d’espace chez eux pour se concentrer. »

Près de Caen, la journée a évoqué de mauvais souvenir à Anna. «Cela me rappelle la période du Covid», témoigne la professeure de langue au lycée Salvador Allende à Hérouville-Saint-Clair (Calvados). «C’est un fonctionnement limité. J’ai déposé des devoirs sur Pronote et j’ai corrigé les élèves qui m’ont répondu ce lundi.» Or de question que le travail ne soit pas fait : «Nous vérifierons cela en classe mercredi.»

Le risque du décrochage scolaire

Faute de se croiser en salle des profs, les enseignants communiquent entre eux sur les boucles WhatsApp. Leur principale crainte ? Le décrochage scolaire, si le mouvement des lycéens dure trop longtemps. Les enseignants ont aussi exprimé leur réticence envers les cours en visio. « Nous ne voulons pas devenir des briseurs de grève, reprend Raphaëlle, d’autant plus que les revendications des lycéens sont aussi les nôtres » : les manifestants demandent des moyens supplémentaires, notamment pour pallier les absences de professeurs ou rénover les bâtiments vétustes. Lundi, quelques tentatives de faire cours en « classe virtuelle » sur le site du ministère de l’Éducation ont été interrompues, après avoir été perturbées par des lycéens via des « cyber blocages ». Le chahut en ligne a donné lieu à de nouvelles vidéos qui sont devenues virales.

*Les professeurs interrogés ont choisi de rester anonymes