Macron, président sans bouclier face aux jeunes

Par Cécile Cornudet
Le manque de profs, la chaleur dans les classes, Parcoursup… : sur les pancartes des lycéens mobilisés, on trouve pour une fois plus de revendications que de têtes à faire tomber. Emmanuel Macron n'est pas particulièrement ciblé. Ouf, souffle l'entourage. Sans cesser de s'inquiéter pour autant. « Cette fois, ils parlent d'eux-mêmes, il faut écouter », dit un proche. La presse étrangère s'épanche déjà sur une fin de quinquennat qui part en flammes. Le PS Jean-Christophe Cambadélis dit tout haut ce qui se murmure partout. « C'est la crise finale du macronisme, dont le budget est la manifestation et le résultat. Cela pèse sur tout, sur la jeunesse en premier lieu qui est la plaque sensible de la société. » Emmanuel Macron avait été élu en 2017 par une partie de la jeunesse. Il a adoré au printemps devenir une icône branchée le temps d'un « for sure » prononcé à Davos. De bon augure pour un éventuel retour en 2032, pouvait-il penser. Il part dans six mois avec des jeunes qui ne savent pas où ils vont, perdus, violents pour une part, angoissés. Climat, études, stages et emplois au temps de l'IA, salaires, logements, tout est bouché. Y compris l'avenir politique si le RN arrive. La génération Covid est sans futur. Que faire ?
Retour du vieux clivage
Depuis ses propos contre les violences, le président ne dit plus rien. Il se protège, si tant est que ce soit possible, et demande à son Premier ministre d'y contribuer. C'est lui qui l'a enjoint à écrire une lettre pour ouvrir cinq chantiers et lancer le débat. Les réponses sécuritaire et politique (cibler LFI) ne peuvent suffire, pense-t-il, il faut ouvrir le dialogue. C'est lui qui le pousse à prendre prochainement la parole. « Quand il y a des images de rue aussi fortes que celles de ces jours derniers, une lettre n'est pas suffisante, il faut mettre une autre image en face », dit un conseiller. Tous aux abris ! Le ministre de l'Education, Edouard Geffray, est le seul au gouvernement à avoir fini par se rendre sur le terrain. En matière de jeunesse, le vieux clivage reprend ses droits. La droite est du côté de l'ordre, les candidats à la présidentielle en témoignent : Retailleau veut interdire LFI, Philippe moque les jeunes qui disent trop travailler, Attal les invite à « débattre plutôt qu'à se battre. » La gauche, elle, pleure sur sa jeunesse, prête à toutes les indulgences. Et que font les tenants du « en même temps » ? Ils tâtonnent, sans boussole. « Quand le rapport Pisa montre un système éducatif en décrépitude, il y a des courbes et des stats, on trouve de nombreuses voix pour expliquer le phénomène. Mais quand il y a devant les lycées la traduction humaine de ce que dit ce rapport, beaucoup moins », observe Pierre-Jean Le Mauff, ancien conseiller de Gérald Darmanin et consultant chez Taddeo. A fortiori quand les caisses sont vides. Aucun « grain à moudre » pour calmer la colère.