Ils exigent des papiers pour leur élève menacé d’expulsion : des profs bloquent un lycée agricole en Ille-et-Vilaine
Grosse mobilisation depuis ce lundi matin 5 octobre 2026, devant le lycée agricole La-Lande-de-La-Rencontre, à Saint-Aubin-du-Cormier. C’est une première pour beaucoup de nous, confie un des enseignants qui a lancé cette initiative. Vassiriki, 21 ans, est élève en terminale. Il prépare un bac Aménagements paysagers. Mais depuis la semaine dernière, il est dans l’obligation de quitter le territoire français (OQTF).
Un élève comme nous en rencontrons rarement
Le jeune Ivoirien n’arrive pas à obtenir de papiers. Son dernier recours a été rejeté par la cour administrative d’appel de Nantes. Quand ses profs ont appris qu’il risquait une expulsion de France, ils ont tout de suite voulu le soutenir. Cela fait 5 ans que je le connais. Il a toujours été un super élève, ultra-motivé, pour maîtriser la langue, et aussi en cours, détaille Camille Delage, professeure en aménagement paysager. Il est travailleur et ses employeurs lui ont toujours reconnu un comportement exemplaire. C’est sa troisième promesse d’embauche !
Les enseignants ont préparé un document rappelant le parcours de Vassiriki. Né en 2005 à Anyama, en Côte d’Ivoire, Vassiriki a connu de nombreuses épreuves depuis son enfance et un long parcours migratoire. Depuis septembre 2022, il est un élève à part entière au lycée agricole. Ses camarades de classe et les équipes pédagogiques soulignent son investissement et son intégration.
En 2024, il a obtenu son CAP de jardinier paysagiste avec la mention « Très bien », après avoir décroché la meilleure note régionale à l’épreuve orale, cite l’un d’eux. C’est un élève comme nous en rencontrons rarement, ajoute un autre. Aujourd’hui, le jeune homme poursuit sa formation tout en réalisant ses stages chez iD Verde. L’entreprise se dit très satisfaite de son travail et souhaite l’embaucher à l’issue de son bac, en CDA. Elle peine par ailleurs à recruter et estime que son profil correspond à ses besoins, se désolent ses soutiens.
L’espoir d’un réexamen
Devant l’établissement, ils étaient jusqu’à 150 à manifester, lundi matin. Banderoles à la main ou accrochées autour du lycée, tous veulent attirer l’attention sur cette situation qu’ils trouvent injuste. Ses proches sont sous le choc : C’est une très belle personne fondamentalement, très à l’écoute, très humble, très respectueux », nous livre avec émotion Cécile Guimas, sa colocataire.
On est devenus amis et la vie quotidienne avec lui est très agréable. Je suis choquée qu’il y ait une OQTF, je ne m’attendais pas du tout à ça. Il mérite plus qu’amplement d’être sur le territoire français, c’est une chance de l’avoir parmi nous. Claire Grosbois, sa deuxième colocataire, est venue également soutenir son ami devant le lycée : Il n’a aucune attache en Côte d’Ivoire. Sa nouvelle famille c’est nous.
Ses enseignants et son entourage ont interpellé la préfecture d’Ille-et-Vilaine pour demander un réexamen de la situation et des papiers pour Vassiriki. Ils n’ont pas caché qu’ils étaient prêts à bloquer chaque jour. Le jeune homme, très touché par cette mobilisation spontanée, exprime sa reconnaissance. Je suis peiné de l’OQTF, mais face à ces rassemblements pour ma cause, je ne peux que dire « Merci ! » J’aimerais construire ma vie ici, être intégré dans la vie active, et pouvoir apporter ma pierre ici.
La préfecture leur a fixé un rendez-vous ce mardi pour faire un point sur la situation.