Blocage des lycées : Sébastien Lecornu veut répondre à la colère, les manifestations du 6 octobre dans tous les esprits
Le mouvement de contestation des lycéens entame une nouvelle semaine à hauts risques. Après une série de blocages marqués par des violences et des dégradations, entre 400 et 500 établissements (sur 3 700 en France) devraient rester fermés ce lundi 5 octobre, a indiqué le ministre de l’Éducation, Edouard Geffray, sur France 2, tablant sur « une reprise partielle des cours ». et rappelant que 78 personnels de l’Éducation nationale ont été blessés et « 24 établissements incendiés ou saccagés » cette semaine.
Rien qu’en Île-de-France, d’où est partie la mobilisation, mi-septembre, plus de 160 lycées n’accueilleront pas leurs élèves, ce lundi, soit un tiers des établissements, a fait savoir Valérie Pécresse. Comme d’autres responsables politiques, la présidente de Région déplore que le mouvement vire en « émeutes urbaines ». Pour son homologue des Pays de la Loire, Christelle Morançais (Horizons), interrogée par Ouest-France , « le préalable à toute discussion, c’est le retour au calme et la fin des blocus pour que les élèves retournent en cours ».
La députée LFI du Val-de-Marne, Clémence Guetté, estime au contraire que le mouvement va se poursuivre. « Je ne pense pas qu’on puisse faire rentrer les lycéens chez eux, faire taire leurs revendications à coups de matraques et de LBD. C’est ce que pense le gouvernement », a-t-elle lancé lors du Grand Jury RTL Public Sénat Ouest-France M6 ce dimanche.
La justice passe
Dans de nombreuses villes, comme Rennes, les fermetures de lycées s’accompagnent d’interdictions de rassemblements. Et dans certains établissements, les cours en distanciel, comme au temps du Covid, se mettent en place. Ce qui a le don d’agacer les représentants des lycéens et des enseignants, qui dénoncent une stratégie pour casser le mouvement.
Tout au long du week-end, la justice a continué son œuvre, dans la foulée des milliers d’interpellations recensées dans la semaine. L’immense majorité des interpellés sont des mineurs et un grand nombre n’avaient pas d’antécédents judiciaires. À Marseille, un adolescent de 15 ans a été mis en examen pour « acte de barbarie » et écroué après avoir projeté un spray enflammé dans le visage d’une passante qui tentait d’empêcher des violences. À Belfort, deux mineurs ont été présentés à un juge d’instruction, soupçonnés d’avoir frappé un policier au sol en marge d’une manifestation.
Partis politiques et syndicats mobilisés pour l’« acte III »
Déjà, les regards se tournent vers la journée du mardi 6 octobre, date annoncée de l’ « acte III » de la mobilisation, après le 29 septembre et le 1er octobre. Jean-Luc Mélenchon, candidat Insoumis à l’élection présidentielle, y voit « un point de ralliement général », le « point de départ d’une série » de manifestations. Plusieurs syndicats de l’Education ont appelé à se joindre au mouvement et à défiler avec les lycéens et les étudiants, eux aussi mobilisés, mardi, alors que plusieurs facs sont bloquées.
« Les revendications des lycéens sont complètement légitimes », a affirmé Sophie Vénétitay, secrétaire générale du Snes-FSU, dimanche, sur RMC. Les autorités, tout en multipliant les appels à l’apaisement, continuent de diffuser des messages de fermeté. « Nous interviendrons tant qu’il le faudra », a prévenu le préfet de police e Paris, Patrice Faure, samedi.
« En faisant le choix de la répression, le gouvernement alimente la colère et prend délibérément le risque d’aggraver une situation dont il porte la responsabilité », répond la CGT, qui sera aussi dans les cortèges mardi, tout comme LFI et le Parti communiste.
Sébastien Lecornu veut agir vite
Dans une lettre adressée à ses ministres et dévoilée ce dimanche soir, Sébastien Lecornu leur demande d’engager cinq chantiers « pour répondre aux difficultés des lycéens et des personnels ». De premières décisions sont attendues dès la fin octobre. Le Premier ministre, qui confirme l’accélération du projet de loi « casseur-payeur », reprend les revendications exprimées ces dernières semaines (conditions d’enseignement, rythme des journées, accès à la santé, adaptation du bâti scolaire, orientation…), tout en appelant à la reprise des cours « partout où la sécurité et l’état des locaux le permettent ».
« Le gouvernement avance pour répondre aux difficultés et aux attentes des lycéens », assure Edouard Geffray. Sortis déçus du ministère de l’Education vendredi, les représentants lycéens seront-ils sensibles à la trajectoire tracée par le chef du gouvernement ? L’ampleur de la mobilisation du 6 octobre sera une première réponse.