« Cette épée de Damoclès est bel et bien là » : quand la lutte contre le cancer du sein s’inscrit dans la durée
Le parcours de soins d’un cancer du sein est sinueux… « En décembre 2025, j’ai fait une rechute avec métastases », nous confie Lysiane (1), 39 ans, de Guer (56). Un cas qui est loin d’être rare. D’après l’Institut Curie, le taux de rechute est, en effet, estimé de 15 % à 20 % à dix ans du diagnostic. À 33 ans, c’est aussi ce que vit Laetitia, de Saint-Pabu (29). « Je suis en récidive. Mais, aujourd’hui, je suis plus mature qu’il y a six ans et je connais les organismes auprès desquels je peux obtenir du soutien », indique-t-elle.
De lourds traitements
Pour espérer échapper à une récidive, beaucoup de femmes diagnostiquées il y a plusieurs mois ou années continuent de suivre de lourds traitements. « Je suis sous hormonothérapie pour encore deux ans. Et je souffre d’effets secondaires : douleurs articulaires très handicapantes, énorme fatigue, prise de poids… », détaille Ingrid, 41 ans, de Quemper-Guézennec (22). Deux ans après l’annonce de son cancer, Élodie, de Cesson-Sévigné (35), va « bien », même si elle doit « toujours supporter l’hormonothérapie ». Ce qui influe sur sa vie de famille car elle ne pourra pas avoir d’autres enfants tant qu’elle sera sous traitement. Maud, 43 ans, qui vit en Ille-et-Vilaine, est soumise à la même thérapie. « J’ai pris beaucoup de poids, mais j’ai la chance d’être en vie et de pouvoir profiter de ma famille », fait-elle remarquer.
« Toujours dans le dur »
Delphine, 48 ans, de Trévou-Tréguignec (22), fait, elle aussi, preuve de résilience : « Je vais bien, même si je dois vivre avec les effets secondaires de l’hormonothérapie et accepter que j’ai changé. » Ce qu’est aussi contrainte de faire Armelle, de Guipavas (29). Cinq ans après le diagnostic, elle est « toujours dans le dur ». « L’énergie s’épuise, mais je garde espoir ! », lance-t-elle.
« Réapprendre à se connaître »
L’impact psychologique du cancer est considérable. D’après Aurélie, qui vit à Zurich, mais qui est originaire de Bretagne, il s’agit d’un « tsunami émotionnel ». D’où la nécessité de « réapprendre à (s) e connaître », insiste-t-elle. « Il faut apprendre à s’écouter », confirme Gwenhaël, de Locmaria-Grand-Champ (56). Une telle maladie, « cela change la perspective que l’on a de la vie », poursuit-elle.
À tel point que certaines femmes décident de changer de voie professionnelle. « Cette épreuve m’a permis de prendre la décision de me réorienter pour être davantage dans l’humain et son mieux-être. La vie est trop courte pour ne pas être pleinement épanouie dans ce domaine », note Florie, de Saint-Thonan (29). La reprise d’une activité professionnelle peut aider ; Floriane, de Vannes, en est convaincue. « J’ai fini ma chimio le 4 juin. Pour ce qui est de la radiothérapie, ça s’est arrêté le 17 juillet. J’ai repris mon travail d’auxiliaire de vie en mi-temps thérapeutique : physiquement, tout va bien ; moralement, ça reste compliqué. J’ai très peur de l’avenir. Le travail m’aide à ne pas y penser », souligne-t-elle.
Elles ont ainsi été nombreuses à nous faire part de leur « peur » et à évoquer, à l’image d’Alice, de Plonéour-Lanvern (29), « cette épée de Damoclès qui est bel et bien là ».
1. Elle est l’une des 450 femmes de moins de 50 ans à avoir répondu à notre appel à témoignages.