Jument, billig, diablesse… Comment la lune a irrigué l’imaginaire breton
Jument et billig !
La lune a toujours aiguisé l’imagination bretonne. Trivialement traité de « conne comme la lune », l’astre n’en garde pas moins une poésie celtique qui le nomme ar gazeg wenn, la jument blanche. Tantôt d’un blanc éclatant en breton ou cuivrée en gallo, sa rondeur évoque aussi la fameuse plaque à crêpes, ar billig.
Nouveau-nés sous la lune
Lorsqu’une naissance approchait, la sage-femme (gwrac’h an holen) sortait scruter le ciel. Une lune paraissant noyée dans les nuages ou pendue à une potence céleste prédisait une fin tragique identique pour l’enfant. Les phases lunaires scellaient aussi ce destin : naître sous son croissant annonçait des malformations physiques (boiteux, borgnes), et naître à la nouvelle ou vieille lune laissait présager une vie bien courte au bébé.
Les gobeurs de lune
L’astre est historiquement accusé de causer la folie, d’où le terme « lunatique ». En breton, perdre la raison se dit d’ailleurs loariañ (de loar, la lune). Pour décrire un simplet, on dit qu’on « lui voit la lune dans la bouche », comme s’il était prêt à la gober. Au-delà des naïfs, la pleine lune (al loargann) frappe d’autres malheureux qu’elle métamorphose en loups-garous, ce que rappelle l’expression bretonne liée au galouaj (garouage) pour désigner la perte d’esprit.
Des rayons venimeux
Satisfaire un besoin naturel nocturne exigeait jadis une grande prudence dans les campagnes. Une femme urinant face à la lune risquait d’être engrossée par ses rayons pour donner le jour à des monstres, tandis qu’un homme s’exposait à engendrer des idiots ou des bossus. On gardait même sa casquette de peur d’attraper un « coup de lune ». Ses rayons étaient enfin réputés jeter du venin dans les puits, dont on scellait le toit conique avec un galet pour se prémunir de cette diablesse !