« On laisse un boulevard aux extrêmes » : le cri d’alarme de Faisons Bretagne pour porter l’autonomie des régions à la présidentielle 2027
« On laisse un boulevard aux extrêmes si la décentralisation n’est pas au cœur de la présidentielle 2027 ! » Paul Molac, député du Morbihan ; Loïg Chesnais-Girard, président (divers gauche) de la Région Bretagne ; Guillaume Robic, maire de Rostrenen ; l’autonomiste Gilles Simeoni, ancien président du conseil exécutif de Corse, et l’ancien ministre centriste Jean-Louis Borloo ont lancé « l’appel de Pontivy », ce samedi 3 octobre, à Rostrenen (22). Le mouvement Faisons Bretagne, fondé au printemps par le premier cité, y a organisé sa première convention avec sa centaine d’adhérents.
« Nous sommes là pour interpeller les candidats à la présidentielle sur la nécessité de donner de l’autonomie aux régions, martèle Paul Molac. Nous irons tous les interroger sur ce sujet et nous espérons être imités par de nombreux élus, notamment les présidents des conseils régionaux. »
Loïg Chesnais-Girard est confiant sur ce point : « La Bretagne, la Corse et l’Occitanie, via sa présidente Carole Delga (PS), font des propositions, Valérie Pécresse (LR) a parlé d’autonomie de l’Île-de-France… À gauche comme à droite, tout le monde est d’accord ! ».
« Les hauts fonctionnaires ont pris l’Élysée »
« Les élus régionaux, départementaux, locaux pensent pareil à 95 % », affirme Jean-Louis Borloo, qui a entamé à Épinal le 14 septembre « une tournée des mécanos pour réparer la République ». « J’ai aussi été à Aix, à Avignon… Partout, même en dehors de la politique, les chefs d’entreprise, les agriculteurs, les artisans... veulent donner un réel pouvoir aux hommes et femmes politiques de leur territoire sur le logement, la gestion de l’eau, l’agriculture, les transports ou encore la culture. »
« Sur le terrain, les gens nous disent : « Vous êtes bien gentils mais vous n’êtes pas les décideurs, ce sont les hauts fonctionnaires qui commandent depuis la capitale ». Et ce n’est pas faux, ils ont pris l’Élysée, déplore Paul Molac. Les élus régionaux, départementaux, locaux sont devenus de simples exécutants qui dépendent de l’argent que l’État veut bien leur donner. »
Pour Jean-Louis Borloo, « la machine n’est plus sous contrôle : il y a environ 15 000 prévisionnistes répartis entre l’Insee, la Banque de France et le ministère de l’Économie et ils ont surestimé de 42 milliards d’euros les impôts et les taxes que l’État allait récolter ! Le pouvoir central doit gérer uniquement des grands enjeux comme la sécurité, l’espace, la recherche, l’équité, la justice, la collecte de l’impôt… Les projets locaux sont étranglés par un nombre hallucinant de normes. On met entre cinq et huit ans pour les concrétiser alors qu’on a besoin d’une année ! Et quand on arrive au bout, ce n’est plus adapté à l’époque… On est devenu un pays d’autorisations et on est en train d’en crever ! »
Cette « suradministration » coûterait « sept milliards d’euros par an au pays », selon Paul Molac.
Vers une candidature à la présidentielle ?
Gilles Simeoni veut que la Corse serve d’exemple à suivre : « Le texte doit encore être validé par le Sénat puis par le Parlement, réuni en Congrès, mais notre île est proche d’obtenir un statut d’autonomie. Nous produirions nos propres normes et lutterions contre la spéculation immobilière avec une taxe sur les résidences secondaires. Elle nous permettrait de construire des logements pour les Corses à des prix inférieurs au marché. L’autonomie peut permettre ce genre d’avancées en Bretagne et dans d’autres territoires ».
« Mais aucun candidat à la présidentielle ne parle de décentralisation », regrette Paul Molac. Jean-Louis Borloo conclut : « Si nous n’arrivons pas à convaincre l’un des prétendants à l’Élysée de porter notre projet, il faudra présenter quelqu’un… ».