« Mon monde s’est écroulé » : comment ces Bretonnes de moins de 50 ans ont vécu l’annonce de leur cancer du sein
« Je me suis effondrée ». À 33 ans (1), Émilie, de Saint-Brieuc, lutte, depuis décembre 2024, contre un cancer du sein métastatique. Un cancer qui est venu « chambouler sa vie ». Elle est l’une des 450 femmes de moins de 50 ans qui ont accepté de répondre à notre appel à témoignages à l’occasion d’Octobre Rose. Pour Sarah également, « (s) on monde s’est écroulé ». Car, au moment du diagnostic, cette habitante de Plougastel-Daoulas (29) n’était âgée que de 31 ans… Pour décrire cet instant, Aurélie, de Fougères (35), utilise, elle, une image forte, celle du « tsunami », qui a tout emporté. Autre image : celle employée par Stéphanie. « J’ai eu l’impression de tomber dans un grand trou », se souvient cette Quimpéroise.
« Pourquoi moi ? »
« Injustice » : ce mot figure dans de nombreux récits. Ceux de Sabrina, de Trébry (22) ; Fabienne, de Locmiquélic (56) ; Mathilde, de Rennes ; Marion, de Trégunc (29)… Laetitia, de Saint-Pabu (29), s’est aussi questionnée : « Pourquoi moi ? ». Alors qu’à 27 ans, elle n’avait « aucune prédisposition génétique ».
Plusieurs femmes décrivent leur état de « sidération » : c’est le cas de Rozenn, à Saint-Alban (22), qui est restée « sous le choc pendant des semaines » ; d’Élodie, à Plouay (56) ; de Sandrine, à Fougères (35), qui l’a appris lors d’un « petit contrôle », sa mère venant de recevoir ce même diagnostic. Après cette première mammographie, « tout s’est enchaîné avec une tumeur de 4 cm que personne n’avait pu voir », explique-t-elle.
Pour Anne-Gaëlle, de Pleyben (29), c’est la même chose : sur le moment, « je n’ai pas réalisé ». « C’était comme si j’étais spectatrice d’une situation qui ne m’appartenait pas », décrit-elle. Carole, 43 ans au moment de l’annonce, évoque un « cauchemar ». « Je me suis dit que cela ne pouvait pas être réel », complète la Vannetaise. Et, avec le recul, elle considère qu’« il faudrait prévoir des mammographies bien plus tôt qu’à 50 ans » (2).
« Ça ne peut pas être un cancer… »
Mélanie, de Ploudaniel (29), nous partage son incrédulité lorsque le couperet est tombé le jour de son 44e anniversaire : « Je me suis dit : “Ça ne peut pas être un cancer… Je suis sportive et jusqu’ici, je n’ai jamais eu de soucis de santé”. » À 46 ans, Delphine, de Trévou-Tréguignec (22), se sentait aussi « en pleine forme ». « J’ai découvert le problème par moi-même (…). D’où l’importance de la surveillance, même avant 50 ans », insiste-t-elle.
Ce que confirme Aurélie, de Pont-Melvez (22) : « J’ai découvert mon cancer suite à une autopalpation. Si je ne l’avais pas fait, si j’avais attendu la première mammographie, le résultat aurait pu être bien différent… », pointe-t-elle.
Va-t-on voir grandir ses enfants ?
Au-delà de la crainte de mourir, beaucoup ont pensé, à cet instant précis, à leurs enfants. « J’ai eu peur de laisser mes filles sans leur maman », confie Morgane, de Morlaix, qui, en 2020, a dû surmonter l’annonce de ce cancer. Elle était alors âgée de 45 ans. Et ce, avant de faire face à une récidive de la maladie un an plus tard. À Saint-Thonan (29), Florie, 42 ans aujourd’hui, a eu la même préoccupation, car ses enfants n’avaient que 7 et 10 ans. Gwenhaël, de Locmaria-Grand-Champ (56), reconnaît également avoir « eu peur de partir avant d’avoir pu voir grandir (s) es enfants ». Pour sa part, Élodie, 31 ans, de Locmaria-Plouzané (29), était enceinte de cinq mois, d’où la peur de laisser son nouveau-né « sans mère ». Une peur légitime car, selon l’Institut Curie, le cancer du sein est la première cause de mortalité par cancer chez les femmes.
1. D’après l’Institut Curie, chaque année, en France, plus de 3 000 femmes de moins de 40 ans apprennent qu’elles sont atteintes d’un cancer du sein.
2. Le dépistage organisé du cancer du sein n’est prévu qu’à partir de 50 ans, mais « un examen clinique avec la palpation des seins est recommandé tous les ans à partir de 25 ans », fait savoir la Ligue contre le cancer.