Revue de presse

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Lula contre Bolsonaro, le vieux briscard contre le fils revanchard : la présidentielle dans la dernière ligne droite au Brésil

Les Échos · 02/10/2026 · ← revue

Par Thierry Ogier

Le vieux briscard contre le fils revanchard : c'est ainsi que l'on pourrait résumer en quelques mots l'affiche de la présidentielle brésilienne, dont le premier acte se déroule dimanche. Luiz Inacio da Silva, du Parti des travailleurs, se lance dans l'arène pour la septième fois. Après trois échecs en 1989 après la fin du régime militaire, puis en 1994 et 1998, il tente de décrocher un quatrième mandat. A 81 ans, et après avoir surmonté deux cancers, il s'est engagé dans un véritable marathon électoral dans un pays grand comme 15 fois la France. Dans la dernière ligne droite de la campagne, il a convoqué ses militants à manifester à la veille du premier tour à Sao Paulo. Mais il a choisi de ne pas participer à un débat télévisé avec les autres candidats à la présidence jeudi soir. Quatre ans après avoir défait d'une courte tête le chef de file de l'extrême droite brésilienne Jair Bolsonaro, il retrouve sur sa route son fils aîné et dauphin désigné, Flavio Bolsonaro. Sénateur âgé de 45 ans, le candidat du Parti libéral promet d'amnistier son père, condamné à vingt-sept ans de prison pour tentative de coup d'Etat, et tous ceux qui ont participé aux saccages du 8 janvier 2023, peu après le retour de Lula au pouvoir.

Mesures d'impact

L'issue du scrutin est incertaine. Alors que Lula est talonné dans les sondages, il a annoncé plusieurs mesures de dernière minute pour grappiller quelques points dans la dernière ligne droite. Il a notamment augmenté de 15 % les allocations du « Bolsa Familia », son programme phare de transfert de revenus destiné aux familles les plus démunies, et annoncé un nouveau programme de désendettement des ménages. A la veille du premier tour, il a aussi interdit par décret les paris sportifs en ligne, qui auraient provoqué une crise de surendettement des ménages. Une mesure destinée à attirer la sympathie de l'électorat féminin et des évangéliques. Au total, le coût de l'ensemble des mesures annoncées durant la campagne s'élèverait à quelque 30 milliards d'euros, selon la presse locale, alors que la dette publique équivaut déjà à plus de 80 % du PIB. De plus, la croissance économique est sur le déclin. Le gouvernement a ainsi revu ses prévisions à la baisse à seulement 2 % en 2026 (contre 2,3 % l'an dernier et plus de 3 % en 2023 et 2024), et alors que les taux d'intérêt demeurent très élevés à 13,75 %. « Il a senti qu'il courait le risque de perdre les élections », estime le politologue Claudio Couto, alors que Flavio Bolsonaro fait désormais presque jeu égal avec lui dans les sondages. Vote utile ? Autre menace pour Lula : le vote utile. La demi-douzaine d'autres candidats inscrits au premier tour penchent plutôt à droite. Ils regroupent environ 15 % des intentions de vote. Si une partie d'entre eux décident au dernier moment de voter pour le candidat de l'opposition, « il est possible que Flavio Bolsonaro l'emporte dès le premier tour », affirme Marcia Cavallieri, directrice de l'institut Ipsos au Brésil. De fait, la campagne sécuritaire du candidat de l'extrême droite, qui promet des peines plus dures pour les délinquants et même « la castration chimique » pour les violeurs répond bien aux attentes d'une grande partie de l'électorat urbain. « La violence est le problème le plus important. On sort le matin pour aller travailler, et on risque de mourir. On veut changer tout ça ! affirme péremptoirement Ezer, un médecin venu manifester en faveur de Flavio Bolsonaro. Flavio ne va pas changer la situation du jour au lendemain. Mais on doit donner le coup d'envoi, comme dans un match de foot. »

Manichéisme de part et d'autre

D'autres affirment des motivations religieuses. « Il y a une guerre spirituelle du bien contre le mal, comme dans la Bible », affirme un autre militant pro-Bolsonaro. Lula et la gauche brésilienne étant du côté du mal… De son côté, le président sortant affirme défendre les valeurs de « la vérité contre le mensonge » et de la « démocratie contre la barbarie », après la tentative de coup d'Etat à la suite de sa victoire il y a quatre ans. Mais dans cette atmosphère très polarisée, Lula et Bolsonaro ont un point commun : ils ne suscitent guère l'enthousiasme de l'électeur moyen. Quarante-six pour cent des personnes interrogées par Ipsos affirment qu'ils ne souhaitent voter ni pour l'un ni pour l'autre en aucune circonstance. Il s'agit ainsi davantage d'une « élection de rejet » plutôt que d'une « élection d'adhésion », soulignent les politologues brésiliens.

Thierry Ogier (Correspondant à São Paulo)