Brésil : les investisseurs tremblent devant une victoire de Lula à la présidentielle

Le risque politique n'est pas confiné à la France. Au Brésil aussi, les marchés sont suspendus au scrutin présidentiel. Dimanche, Lula, vétéran de la gauche brésilienne, joue sa réélection face à Flavio Bolsonaro, fils de l'ancien président d'extrême droite. Des résultats de l'élection dépendra la trajectoire des actifs brésiliens, qui affichent cette année une performance robuste. Le Bovespa, l'indice phare de la Bourse de Sao Paulo, a progressé de presque 16 % depuis le début de l'année, porté en grande partie par le bond de 70 % réalisé par la major Petrobras. A titre de comparaison, l'indice favori de Wall Street, le S&P 500, a gagné 11 % en 2026.
Victoire de Lula
Et le réal a grimpé cette année de plus de 5 % face au dollar, un mouvement d'autant plus surprenant que le billet vert a plutôt eu tendance à se raffermir ces derniers mois. L'indice DXY, qui mesure l'évolution du dollar face à un panier de six monnaies de pays développés, a rebondi de presque 4 % depuis janvier. Mais ces dernières semaines, les actifs brésiliens n'évoluent plus qu'au rythme des sondages. Mi-août, la popularité de Lula a atteint un sommet, poussant le Bovespa à un point bas depuis janvier. La gauche était donnée gagnante à 70 %, selon des données de Polymarket. Mais la tendance s'est inversée et cette probabilité a chuté à moins de 40 %, le Bovespa rebondissant de plus de 12 % dans l'intervalle. Le réal est également sensible au risque politique, et a eu tendance à se raffermir à mesure que la perspective d'une victoire de Lula s'éloignait. « Les investisseurs s'inquiètent surtout des risques budgétaires en cas de victoire de la gauche », explique Selin Aker, analyste chez Natixis CIB, Et ce, alors que la situation budgétaire est déjà dégradée. La dette représente plus de 87 % du produit intérieur brut, un niveau très élevé pour le Brésil. A l'inverse, une victoire de Flavio Bolsonaro serait perçue plus favorablement par les investisseurs, qui s'attendent à ce que le candidat s'efforce de réduire le déficit budgétaire, point clé pour les investisseurs. « Si les marchés concluent que le vainqueur n'offre pas de programme de réduction du déficit crédible, la prime de risque sur les actifs brésiliens remontera, la devise s'affaiblira et les pressions inflationnistes se feront plus fortes », préviennent les économistes d'UBS.
Précédents
Une situation qui compliquerait encore le contexte budgétaire, en encourageant la banque centrale à maintenir sa politique monétaire à un niveau restrictif. Or, la maturité de la dette brésilienne est particulièrement faible, à environ 6 ans, et plus de la moitié de la dette publique offre un coupon indexé sur le taux directeur de la banque centrale. Ce qui signifie qu'un durcissement des taux directeurs a une répercussion immédiate sur le coût de la dette. Autre facteur qui encourage les marchés à préférer une victoire de la droite : un président brésilien proche de Donald Trump pourrait aussi pousser Washington à des concessions, notamment sur le commerce. Une partie des exportations brésiliennes vers les Etats-Unis est soumise à des droits de douane additionnels de 25 %. S'ils sont levés, les actifs locaux, et en particulier le réal, en profiteront. Les investisseurs peuvent s'appuyer sur les épisodes précédents. En 2018, lorsque Jair Bolsonaro avait remporté l'élection, les actions brésiliennes avaient surperformé d'environ 20 % par rapport au reste des actions émergentes au cours des quatre mois suivants. A l'inverse, le Bovespa avait sous-performé d'autant après la dernière élection de Lula, en 2022. L'histoire pourrait se répéter une nouvelle fois. En Colombie, les investisseurs ont salué la victoire des conservateurs lors de l'élection de cette année, l'indice phare de la Bourse de Bogota bondissant de plus de 7 % après le premier tour.