Revue de presse

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« Ce n’était pas la DZ, c’était moi » : des rivalités entre narcotrafiquants derrière les menaces qui ont visé le maire d’Alès

Le Monde · 30/09/2026 · ← revue

Le 20 juillet, vers 23 heures, Christophe Rivenq, maire (Les Républicains) d’Alès (Gard), est chez lui lorsqu’il reçoit un appel de Laurent Nuñez. « Il faut partir », lui dit le ministre de l’intérieur. Les services de police, par l’entremise de l’Office central de lutte contre le crime organisé, viennent d’être destinataires d’un renseignement précis et jugé crédible : la DZ Mafia préparerait une action violente imminente contre l’élu, en raison de sa politique active contre le narcotrafic dans sa commune. Deux noms de commanditaires potentiels sont évoqués par la source de l’information : un détenu incarcéré dans le sud de la France ainsi qu’un homme établi en Algérie, réputé pour être l’un des hauts dirigeants de l’organisation criminelle marseillaise. Le temps de rassembler quelques affaires, Christophe Rivenq est exfiltré en pleine nuit avec son épouse par le RAID, à bord de deux vans blindés, et conduit dans un lieu sécurisé. Le lendemain, à 5 h 41, un courriel menaçant parvient sur la boîte mail professionnelle du maire, suivi d’un SMS au contenu identique, douze minutes plus tard. « Envoie-nous encore tes CRS, si on perd des affaires, on brûlera tout ce qui t’appartient. Ton bouton d’alarme [permettant à l’élu de prévenir les forces de l’ordre en cas de danger] ne te servira à rien…, écrivent les auteurs. Tu seras pas le super-héros que tu penses être, on va te caner [tuer], contemple ce qu’il va se passer dans la ville, tu en es le seul responsable, on reculera pas. » Accompagnées d’émojis des drapeaux du Mexique et de l’Algérie, les menaces sont signées « La Direction » et revendiquées au nom de la « DZ NG », pour DZ Mafia nouvelle génération. Une photographie d’un hall d’immeuble, vraisemblablement situé dans le quartier alésien des Cévennes, miné par le trafic de drogue, est jointe aux messages.

Opération de manipulation

L’affaire, qui suscite une vague d’indignation au niveau national, est alors perçue comme l’illustration d’une nouvelle dérive du narcobanditisme français, prêt à instaurer un rapport de force avec les pouvoirs publics pour tenter d’influer sur les décisions politiques. Mais deux mois après ces incidents, l’enquête, diligentée par le Parquet national anticriminalité organisée (Pnaco), s’oriente vers une opération de manipulation d’ordre privé, sans lien établi avec la DZ Mafia. Un premier suspect a été mis en examen mardi 29 septembre, notamment pour « association de malfaiteurs criminelle en bande organisée », « menace, violence ou acte d’intimidation envers un élu public », et placé en détention provisoire. D’après les informations du Monde, ce jeune homme de 20 ans, Imad E.-H., a reconnu en garde à vue être à l’origine de la campagne de menaces de mort visant Christophe Rivenq. Gérant d’une boucherie à Alès depuis un an et demi – sans se verser de salaire –, il a expliqué être victime de « racket » de la part d’individus appartenant à la DZ Mafia et avoir eu l’idée de se venger du groupe criminel phocéen en lui imputant la volonté de s’en prendre à un élu de la République. En usurpant le label DZ Mafia, dont il sait que les méthodes inspirent la terreur, le jeune homme prétend avoir voulu « leur causer des emmerdes » et « foutre le bordel dans leur organisation ». Pari semble-t-il réussi puisque deux jours après l’exfiltration du maire d’Alès, des personnes se réclamant de la DZ Mafia s’étaient filmées au cours d’une sorte de conférence de presse clandestine pour démentir tout lien avec l’affaire. Dans cette vidéo non authentifiée, des hommes cagoulés disaient condamner un « acte lâche et odieux fait par des personnes voulant nuire à la société, rabaissant la moralité française, mais surtout en visant le groupe de la DZ ». « Ce n’était pas la DZ, c’était moi », a admis Imad E.-H. devant les enquêteurs, sans toutefois pouvoir expliquer l’origine du renseignement parvenu à l’Office central de lutte contre le crime organisé, qui impliquait nommément des cadres de la DZ Mafia et suppose une connaissance fine de l’organigramme du groupe criminel.

Perte d’un point de deal

Avançant dans un premier temps un acte solitaire, le jeune boucher alésien a fini par reconnaître, au cours de ses auditions, l’existence de plusieurs complicités. Notamment un commanditaire originaire d’Alès, actuellement incarcéré, qui partagerait avec lui une détestation de la DZ Mafia. D’après ses déclarations, ces donneurs d’ordre et complices lui auraient transmis un téléphone ainsi que diverses instructions pour créer l’adresse Gmail utilisée pour menacer Christophe Rivenq au nom de la « DZ NG ». Ces mêmes personnes lui auraient ordonné de se rendre au domicile de l’édile afin de déposer deux balles de 9 mm dans la boîte aux lettres et d’inscrire des menaces à la bombe à peinture. Le 16 juillet, les époux Rivenq avaient découvert sur le mur de clôture de leur propriété ce tag : « Dis à tes putains de flics d’arrêter de nous casser les couilles. Petite pute. #DZNG La Direction. » Imad E.-H. jure avoir agi en son nom, sans appartenir à aucun clan criminel constitué. Mais plusieurs éléments d’enquête permettent d’en douter et laissent apparaître au contraire un possible contexte de rivalités dans le monde des stupéfiants. Des messages exhumés par les enquêteurs ont mis au jour des tensions entre le jeune boucher et son commanditaire, voire des menaces, des allusions à des dettes d’argent et des déplacements suspects en Espagne. En outre, les investigations téléphoniques ont fait apparaître d’autres noms de suspects potentiels dans l’entourage d’Imad E.-H., la plupart connus des services de police et originaires d’Alès. Raison pour laquelle les policiers privilégient aujourd’hui l’hypothèse d’une vengeance d’un groupe de narcotrafiquants local contre la DZ Mafia, à la suite de la perte d’un point de deal. Depuis plusieurs années, l’organisation criminelle phocéenne, à visée hégémonique, s’impose par la violence dans les cités et quartiers de villes du sud-est de la France, comme Alès ou Nîmes, et même au-delà. « Il est probable, par cette manipulation, que des trafiquants rivaux aient voulu provoquer des actions policières au niveau local contre la DZ Mafia », confie une source proche de l’enquête. Sollicité par Le Monde, l’avocat d’Imad E.-H., Eliott Amzallag, n’a pas souhaité s’exprimer. Fait inhabituel : le jeune homme s’est rendu lui-même, le 24 septembre, au commissariat de Nîmes pour se dénoncer, avant d’être placé en garde à vue. A la suite d’articles parus dans la presse locale mi-septembre, évoquant des rumeurs autour d’une possible implication d’un commerçant local, le boucher alésien dit avoir eu peur d’être démasqué. Alors que les enquêteurs avaient commencé à l’identifier, il a pris un vol pour l’Espagne le 19 septembre, avant de se rendre au Maroc, et de finalement rentrer en France cinq jours plus tard pour se constituer prisonnier. « L’information judiciaire va désormais se poursuivre afin de déterminer précisément les circonstances des faits et d’en identifier l’ensemble des auteurs et éventuels complices », indique le Pnaco dans un communiqué publié mercredi 30 septembre.