« The Land était là pour faire du fric » : après la fermeture de ce campus breton, le récit d’un « gâchis » retentissant
Les fières affiches The Land qui cet été encore trônaient à l’entrée du campus ? Disparues. Le site internet de l’école ? Désactivé. Le site personnel du chef d’établissement, jean-marc-esnault.com, où il se décrivait comme un leader visionnaire ? Débranché lui aussi. Tout ce qui rappelle ce campus de Rennes, fermé en catastrophe le 31 août 2026 après moins de six ans d’existence, doit disparaître. La manœuvre ne suffira pourtant pas à faire oublier ce crash retentissant qui a laissé plusieurs dizaines d’étudiants sur le bas-côté à une semaine de la rentrée.
Le début de cette histoire, Annie Chaplet, élue CFDT et enseignante désormais à la retraite, la ferait remonter au Covid de 2020. On est revenus au lycée et toute la signalétique avait changé. Le vert avait remplacé l’orange. Un bâtiment était en construction. C’est à ce moment-là qu’on découvre que notre directeur a imaginé un projet d’écoles privées à but lucratif qui n’avaient pour la plupart aucun rapport avec l’agriculture. Nous n’étions au courant de rien. monsieur Esnault avait avancé à pas de loup.
Jean-Marc Esnault dirige depuis 2014 le groupe Saint-Exupéry qui associe trois lycées agricoles reconnus : La Guerche-de-Bretagne, Vitré et Rennes. Le voilà devenu directeur général autoproclamé de The Land, l’entité, la marque disent certains, qui coiffe les lycées et le futur campus.
Le 8 octobre 2020, le campus est inauguré. Les trois autorités de tutelle - la Direction régionale de l’agriculture (Draaf), le diocèse et la fédération des lycées agricoles privés (CNEAP), sont représentées. Elles écoutent Jean-Marc Esnault décrire ce qui doit devenir le premier campus hybride européen dédié à la nouvelle ruralité . Comme pour un mouvement artistique ou un parti politique, un manifeste est dévoilé. Ce campus d’un nouveau genre formera à 200 métiers grâce à 40 formations. Plus qu’un campus, c’est tout un écosystème, un melting-pot d’intelligences qui doit sortir de terre avec un think tank et une pépinière d’entreprises.
Ce projet n’est pas fait que de mots et de promesses. Des terrains bordant le site historique des lycées sont achetés et la construction de trois bâtiments est lancée. Des fonds affluent. Des sommes importantes sont notamment mobilisées dans la communication : 600 000 €, pour ce service qui a compté jusqu’à quatre personnes, rien que pour...