Blocage des lycées : incendies, dégradations, blessures... Récit d’un jeudi sous fortes tensions
L’inquiétude gagne le gouvernement, alors que s’amplifient la colère des lycéens et les débordements. Jeudi midi, le Premier ministre a réuni d’urgence une cellule interministérielle de crise. Il a, par ailleurs, annulé les déplacements des ministres jusqu’à lundi. Pour Sébastien Lecornu, le mouvement a basculé vers « des violences urbaines débridées ». De son côté, le garde des Sceaux, Gérald Darmanin, a convoqué les procureurs généraux en visioconférence en fin d’après-midi. « Les actes commis sont d’une extrême gravité. Ils dépassent la seule question de l’école », déplore le ministre de l’Éducation, Édouard Geffray. Qui va rencontrer, ce vendredi, les organisations lycéennes et les associations de parents d’élèves. Pour le ministre de l’Intérieur, Laurent Nunez, « la situation s’aggrave, avec des centaines d’individus encagoulés ».
Marteaux, barres métalliques…
Plus de 900 actions de dégradations ont été recensées au cours de cette seule journée de jeudi. Dans un lycée nantais, un incendie a provoqué d’importants dégâts sur la façade, dans des salles de cours et sur la toiture. Même situation dans un établissement bordelais après des tirs de mortier. À Rennes, d’après la préfecture, plusieurs casseurs se sont introduits dans des lycées, commettant des dégradations sur les bâtiments, le matériel pédagogique et des véhicules d’enseignants et de personnels techniques. Des voitures de particuliers ont aussi été touchées. Les pompiers ont dû intervenir sur trente-cinq feux. Par ailleurs, plusieurs universités ont été bloquées. Du mobilier urbain a été endommagé, des magasins pillés... À Marseille (Bouches-du-Rhône), quarante-cinq incendies ont été comptabilisés. En Île-de-France où plus de 200 établissements ont été perturbés, les dégâts se montent déjà à plus d’un million d’euros.
Alors que les arrestations de mineurs et majeurs se sont élevées à près de 2 000 jeudi – avec des marteaux, barres métalliques, engins incendiaires… saisis –, de nombreux blessés sont aussi recensés, dont 170 élèves et 65 personnels de l’Éducation, et plus de 300 membres des forces de l’ordre. À Saint-Malo, une lycéenne a été brûlée aux mains. À Saint-Avold (Moselle), un commandant de police a été touché par un tir de mortier. À Lormont (Gironde), des pompiers ont été agressés au couteau. Dans les Côtes-d’Armor, un gendarme a été atteint par des coups de barre de fer. Dans le Pas-de-Calais, un proviseur a été blessé à l’oreille... L’IGPN (la police des polices) a ouvert trois enquêtes après des blessures de lycéens par des forces de l’ordre.
« La question de l’interdiction de LFI se pose »
Cette violence attise les tensions politiques. La députée LFI Mathilde Panot salue une mobilisation « admirable » des lycéens. « Nous avons toujours appelé à des manifestations non-violentes », assure le député LFI Louis Boyard. Face à de tels propos, le président des Républicains, Bruno Retailleau, estime que « la question de l’interdiction de LFI se pose ». De son côté, Gabriel Attal (Renaissance) dénonce « l’instrumentalisation de la France insoumise ». Mais selon le maire PS de Rouen (Seine-Maritime), Nicolas Mayer-Rossignol, « la jeunesse attend des réponses concrètes à ses légitimes revendications ». Edouard Philippe (Horizons) rappelle, lui, que « brûler un lycée, agresser un professeur, un pompier ou un policier, ce n’est pas manifester ». À titre de « précaution », celui qui est aussi maire du Havre (Seine-Maritime) annonce la fermeture des lycées de sa ville ce vendredi.
Contacté par Ouest-France, Ryad Rani, le président de l’Union syndicale lycéenne (USL) à l’origine de ces mouvements, assure vouloir « continuer la mobilisation », jusqu’à obtenir satisfaction. L’USL précise, toutefois, que les violences contre les proviseurs sont « inadmissibles ». Parmi les doléances mises en avant par les lycéens : les classes surchargées, le manque de professeurs et de personnels médicaux, la pression de Parcoursup, les emplois du temps denses, le bâti scolaire vétuste… Mais ces revendications passent, désormais, au second plan derrière les dégradations.