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« Contre le cancer du sein, l’avenir est dans le dépistage personnalisé », estime le Dr Fanny Le Dû, oncologue au centre Eugène Marquis de Rennes

Le Télégramme · 01/10/2026 · ← revue

Cela fait onze ans que vous gérez les traitements médicamenteux (chimiothérapies, hormonothérapies) du cancer du sein. Quel message portez-vous, à l’occasion de cette nouvelle édition d’Octobre rose ?

Il ne faut plus dire « le » cancer du sein mais « les » cancers du sein. Il en existe plusieurs types qui ne guérissent pas tous de la même manière. Il y a des sous-types qui ont un excellent pronostic, avec peu de traitements. D’autres qui l’auront aussi, mais au prix de lourds traitements. Et certains qui ont malheureusement encore un pronostic gravissime et qui font aussi peur que le cancer du pancréas. C’est forcément compliqué d’avoir un seul et même message pour toutes ces femmes. Mais on peut noter que pour tous ces cancers du sein, il y a eu de gros progrès de prise en charge ces dernières années.

La France enregistre plus de 3 000 nouveaux cas chez les femmes de moins de 40 ans par an, avec des formes plus agressives de la maladie et une part (5 % des 61 000 cas) en augmentation. La Bretagne n’échappe pas à cette tendance ?

C’est un constat clinique que je fais aussi. Avec un biais évident, car en tant qu’oncologue, je prends surtout en charge les formes les plus graves de la maladie, qui vont nécessiter une chimiothérapie et qui sont heureusement encore loin d’être la majorité. Mais quand j’ai commencé il y a onze ans, nos patientes les plus jeunes avaient toutes entre 40 et 50 ans et on en voyait peu. Aujourd’hui, c’est la norme. Elles ont été remplacées par des patientes qui ont la vingtaine et qu’on ne recevait jusqu’alors que dans des contextes génétiques bien identifiés.

La Haute autorité de santé (HAS) évalue actuellement l’opportunité de baisser l’âge du dépistage obligatoire à 45 ans. Cela vous paraît-il opportun ?

Il faut déjà faire face aux difficultés que rencontrent bien des patientes pour avoir une mammographie. Mais au vu des ressources d’accès limité à certaines imageries et de ces nouvelles formes précoces de la maladie, il serait sans doute plus efficace d’établir des critères plus pertinents de dépistage, afin de mieux cibler les patientes concernées. Pour moi, l’avenir est dans le dépistage personnalisé. Il faut une politique d’adaptation au risque, qui pourrait commencer par le cabinet des gynécologues, des sages-femmes ou des médecins traitants. De sorte à engager une surveillance plus précoce, en fonction des antécédents familiaux ou de la densité des seins des femmes, par exemple. Ce qui n’enlève rien à l’importance de la prévention et Octobre rose nous y aide tous les ans énormément.

Les nouveaux traitements donnent-ils aussi des raisons d’espérer ?

On a effectivement de nouvelles molécules, de plus en plus précises et ciblées, car on comprend mieux la maladie. Les traitements s’adaptent plus souvent au cas par cas. Ce qui permet aussi d’en sélectionner le nombre et d’aller, quand on le peut, vers une désescalade, ultra-bénéfique pour la qualité de vie des patientes. C’est la même logique qui s’applique au niveau de la chirurgie, avec des techniques plus individualisées. Je suis en revanche assez préoccupée par l’accès aux traitements. On n’obtient pas forcément le remboursement sur certains médicaments. Dernièrement, les autorités de santé ont refusé la prise en charge d’une molécule qui diminue pourtant fortement le risque de récidive, sur un large panel de patientes. Cela nous fait prendre du retard dans le soin et c’est un point d’inquiétude.

* La sénologie est la spécialité médicale consacrée à l’étude de l’anatomie, de la physiologie et des pathologies du sein.