Sommet entre l'Union européenne et le Royaume-Uni : le Made in Europe au coeur des tensions

Le dialogue passe toujours entre Bruxelles et Londres, après des années d'acrimonie. L'administration travailliste est de plus en plus franche sur les dégâts considérables que le Brexit a causés, selon elle. Dans son effort de « réindustrialisation », le nouveau Premier ministre Andy Burnham est perçu par les observateurs comme davantage décidé que son prédécesseur à Downing Street, Keir Starmer, à aider ses industries affectées par la sortie du marché unique. « Le Brexit ne nous a pas davantage donné le contrôle », a-t-il lancé aux militants du Labour réunis en congrès cette semaine à Liverpool. Andy Burnham promet au public de rechercher un nouveau consensus « sur les différentes options » concernant « la relation à long terme de la Grande-Bretagne avec nos partenaires européens ». Mais voilà, la voie de la fameuse « réinitialisation » de la relation entre les deux blocs reste toujours aussi étroite. Tandis que, côté britannique, on a tendance à penser que la nouvelle géopolitique, avec Donald Trump et l'Ukraine, ouvre des perspectives de rapprochement ad hoc avec Bruxelles, « les Français, la Commission et beaucoup d'Etats membres ne pensent pas qu'il y a un lien entre la sécurité et le commerce », a déclaré Charles Grant en marge d'une table ronde de son think tank, le Centre for european reform (CER), à Liverpool.
« Le beurre et l'argent du beurre »
« Ils veulent le beurre et l'argent du beurre », regrette un proche de la Commission en parlant des Britanniques. Une expression qui fait écho à ce que dit souvent la chancellerie française : « Pas de 'cherry picking' » : autrement dit, les Britanniques ne peuvent pas prendre que ce qui les arrange. Des thèmes qui rappellent les négociations de 2020… La dernière manifestation des tensions tourne autour du prochain sommet entre l'UE et le Royaume-Uni. Il a déjà été décalé à novembre mais certains estiment qu'il va de nouveau devoir l'être. Il y a principalement trois dossiers à conclure après le premier sommet de mai 2025 : la fin du contrôle aux frontières des produits agroalimentaires, l'intégration du Royaume-Uni à l'espace européen pour la taxe carbone aux frontières et un programme de mobilité des jeunes entre les deux zones géographiques. Sine qua non ? Mais « les Britanniques ont mis la question de la place du Royaume-Uni dans le Made in Europe à l'agenda », regrette une source européenne. Une référence à la loi d'accélération industrielle européenne destinée à protéger les industries européennes de la concurrence chinoise. Londres estime que cette loi pourrait fermer le marché européen à ses industries, en particulier les secteurs chimique, énergétique et surtout automobile. Pour le Made in Europe, Londres demande un statut de « trusted partner » (partenaire de confiance), encore à définir par Bruxelles. Si l'UE ne veut pas mettre le Made in Europe à l'agenda de cette rencontre, c'est qu'il n'a pas encore été examiné par le Parlement, ce qui n'est pas prévu avant le printemps prochain. « Du point de vue britannique, avoir une ébauche d'accord sur le Made in Europe est une condition sine qua non pour que le sommet ait lieu », explique Charles Grant. En tout cas pour l'instant. « On peut espérer un compromis, poursuit cet expert. Si les Britanniques étaient malins, ils mettraient en avant que l'accord sur les contrôles agroalimentaires est une victoire pour les producteurs britanniques, mais Londres pense que s'il lâche du lest sur la mobilité des jeunes, il lui faut une victoire sur le Made in Europe. »
Mobilité des jeunes au coeur des discussions
Parce qu'elle rappelle la liberté de mouvement des personnes tant honnie par les Brexiteurs, la mobilité des jeunes, la principale demande de Bruxelles, reste un sujet politiquement délicat outre-Manche. Seule consolation pour les pro-Européens britanniques, la perspective d'une élection de Marine Le Pen en France ou d'une poussée de l'AfD en Allemagne n'inquiète pas plus que ça les experts comme Charles Grant ou Roger Liddle, ex-élu Labour spécialistes de ces sujets aujourd'hui à la Chambre des lords. « Marine Le Pen ne va pas détruire l'Europe. Les pro-UE britanniques seront moins pro-Européens, mais Nigel Farage [le leader de Reform UK, NDLR] le sera davantage », sourit Charles Grant.