Pour les PME industrielles aussi, l'agglomération fait la force

Par Diana Karachanski (chargée d’études à La Fabrique de l’industrie)
Pour une entreprise industrielle qui s'y implante, un territoire dense, c'est d'abord une promesse d'efficacité. Davantage de fournisseurs à proximité, ce sont des délais raccourcis et des coûts logistiques allégés. Davantage d'infrastructures de transport, c'est un accès facilité aux marchés et aux clients. Davantage de main-d'oeuvre qualifiée, c'est la possibilité de recruter sans délocaliser, même pour des besoins « pointus ». Et davantage de connaissances en circulation, c'est un terreau propice à l'amélioration continue des procédés. Mais cette densité a un prix. En matière de foncier industriel, les industriels doivent composer avec des terrains exigus et rares, des loyers plus chers, des contraintes d'urbanisme et une concurrence pour l'espace disponible. Sur le papier, l'équation n'est donc pas favorable à l'industrie. Et pourtant, les PMI (Petite et Moyenne Industrie) implantées dans les zones d'emplois les plus denses sont, sur la période de 2010 à 2021 en moyenne 3,5 % plus productives que leurs homologues situées dans les territoires les moins denses. Ce résultat récent révèle donc que, y compris pour les petites et moyennes entreprises industrielles, les bénéfices de la densité compensent ses inconvénients dans toutes les régions de France.
Faire dialoguer les industriels
Encore faut-il souligner que la simple proximité ne produit pas automatiquement de tels gains. Les études de terrain montrent en effet que l'on peut encore rencontrer un fabricant de pièces automobiles et une usine métallurgique, installés dans la même zone d'activité économique sans rien savoir de ce que produit l'autre. Pour les politiques en charge du développement économique ou de l'industrie circulaire, cela est décisif : la densité d'activité au kilomètre carré est un potentiel, certes, mais un potentiel seulement, qu'il reste à exploiter. D'où cette recommandation constante d'accompagner les interactions entre industriels. Une cantine interentreprises, un salon industriel local, un tournoi sportif entre salariés de PMI voisines, un petit déjeuner professionnel… : autant d'occasions, parfois pensées par les industriels eux-mêmes, parfois orchestrées par les collectivités, les syndicats et chambres consulaires, les pôles de compétitivité, dont l'objectif est de créer des échanges et des partages d'expérience. Ces échanges informels, et la confiance qu'ils finissent par entretenir, sont le terreau d'où émergent des solutions à des problèmes concrets. Il ne s'agit pas de faire dialoguer seulement des industriels d'un même secteur. Un problème de recrutement, par exemple, peut trouver sa solution auprès d'entreprises aux activités diverses. Plus largement, l'innovation tout comme la mise en place de boucles de circularité émergent de la diversité : c'est en rapprochant des industries a priori éloignées que naissent de nouvelles idées voire de nouvelles activités. A Bazancourt-Pomacle (communauté urbaine du Grand Reims), par exemple, les résidus de betterave sont transformés en bioéthanol et le CO2 issu de la fermentation est à son tour valorisé pour donner du gaz industriel. La mise en place de tels échanges suppose l'intervention continue d'acteurs de terrain disposant d'une connaissance fine des dynamiques économiques locales. Eux seuls peuvent identifier les complémentarités potentielles et mettre au jour les résistances culturelles ou historiques qui peuvent freiner certains rapprochements. C'est tout l'enjeu de la réindustrialisation par les territoires, en misant sur ceux qui savent provoquer la rencontre, quand la proximité géographique, seule, ne suffit pas. Diana Karachanski est chargée d'études à La Fabrique de l'industrie.