Revue de presse

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Ce que Macron a de mieux à faire pour 2027 : rien !

Les Échos · 30/09/2026 · ← revue

Par Hervé Gattegno (Directeur de la rédaction de Radio Classique et chroniqueur aux "Echos") Le même sortilège guette tous les présidents : à mesure qu'approche la fin de leur mandat, plus leur pouvoir se délite, plus ils ont besoin de le réaffirmer. Pour honorer jusqu'au bout le contrat qui les lie aux Français - c'est légitime. Pour s'efforcer de soigner leur sortie - c'est compréhensible. Pour peser autant que possible sur leur succession - c'est plus discutable. La Constitution, on le sait, interdit à Emmanuel Macron de briguer un troisième mandat d'affilée. Avant lui, trois de ses prédécesseurs se sont trouvés dans une situation peu ou prou comparable : François Mitterrand et Jacques Chirac, que l'âge et la dégradation de leur santé empêchaient de facto de retenter l'aventure ; François Hollande, qui avait annoncé à cinq mois de l'échéance qu'il renonçait à se représenter. Chacun d'eux a utilisé ses derniers mois à l'Elysée pour agir selon ses intérêts, ses préférences ou ses calculs.

· Les dernières forces de Mitterrand

En 1995, au terme de deux septennats, Mitterrand se battait contre le cancer et affrontait son passé. « Historien de sa propre histoire », selon l'élégante formule d'Eric Roussel, il ne songeait plus qu'à la postérité. Ses dernières forces, il les consacrait à contenir tant bien que mal les révélations sur sa jeunesse vichyste, sa maladie cachée et sa famille adultère. Il ne se voyait pas d'héritier parmi les socialistes. Surtout pas Michel Rocard, bien sûr, qu'il fit tout pour écarter de la course. Pas non plus Jacques Delors, en qui il n'avait jamais cru. Et pas même Lionel Jospin, qui osait revendiquer un « droit d'inventaire » sur son bilan et remporta sans son aide la primaire du PS (la première de l'histoire, devant 100.000 votants - nombre qu'à l'époque, personne ne jugeait dérisoire, notons-le). Indifférent à une gauche qui le boudait, Mitterrand s'amusa davantage à attiser la rivalité qui fracturait la droite, Jacques Chirac et Edouard Balladur. Durant la campagne, ses attentions envers le premier et ses préventions envers le second contribuèrent à changer la donne. Après sa mort, l'année suivante, Chirac lui rendit un hommage remarqué. Il estimait le lui devoir.

· Le duel Chirac-Sarkozy

Douze ans plus tard, voyant venir à son tour l'heure de la retraite, le même Chirac était mû par une autre obsession : barrer la route de la présidence à Nicolas Sarkozy. Leur affrontement cornélien - ils s'étaient trop aimés pour ne point se haïr - alla d'intimidations en humiliations. « Je décide, il exécute », lançait Chirac. « Roi fainéant », ripostait Sarkozy. Contraint à l'effacement après son AVC, le président tenta même de se fabriquer un héritier sur mesure en la personne de Dominique de Villepin - et surgirent pile à ce moment les listings falsifiés de Clearstream qui accusaient Sarkozy. Sacrée coïncidence. La fin de la pièce est connue : Sarkozy prit le contrôle de la droite et se fit élire, non seulement sans Chirac mais contre lui - à un mois du scrutin, le sortant dut se résoudre à soutenir son cadet, mais tout le monde l'a oublié.

· Le ralliement tardif de Hollande

Le cas de François Hollande est encore différent. En 2017, lui n'avait en tête ni la postérité ni la vengeance, mais l'avenir : laminé par les sondages, humilié par les conditions de sa renonciation, il ne voulait rien faire qui pût compromettre ses chances de revenir un jour. Il tarda le plus longtemps possible à prendre position. Retranché à l'Elysée, il affichait (déjà) son désintérêt pour la primaire socialiste, renâclait à soutenir le candidat désigné, Benoît Hamon, tant sa déroute était annoncée, et laissait croire qu'il espérait la victoire de Macron. En réalité, il ne se rallia que dans la dernière ligne droite. Il voulait être sûr de ne pas tomber du côté des vaincus.

· Macron face à son bilan

Dix ans ont passé et voilà l'actuel président face à la même épreuve. Comme Mitterrand, la question du bilan l'obsède ; c'est pourquoi il s'irrite des promesses de « rupture » d'Edouard Philippe et de Gabriel Attal - trop pressés de prendre sa place, peu empressés pour le défendre. Comme Chirac, il est prêt à nuire à ceux qui le négligent ou l'indisposent - d'où par exemple l'hypothèse d'une candidature Castex, bel et bien née à l'Elysée. Comme Hollande, enfin, Macron agit aujourd'hui en pensant à demain, peut-être à après-demain. « J'ai besoin de vous pour dans deux ans, dans cinq ans, dans dix ans », a-t-il lancé cet été devant les jeunes de son parti, aux anges. Les conjectures que cet appel a suscitées l'ont, paraît-il, bien amusé. Elu sans avoir fait carrière, le chef de l'Etat rêve-t-il aujourd'hui de faire campagne sans être candidat ? Plusieurs (bonnes) raisons devraient l'en dissuader. S'impliquer en personne dans la campagne, il le sait, transformerait l'élection en référendum, pour ou contre Macron. Inconsciemment, c'est peut-être ce qu'il souhaite mais il n'ignore pas qu'il aggraverait les difficultés de son camp. Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon, eux, en rêvent car son impopularité record leur donnerait l'avantage et tout indique que les Français n'ont pas envie d'une continuité. Son orgueil dût-il en souffrir, il n'est plus le meilleur rempart contre les deux extrêmes - on serait tenté de dire : au contraire. Qu'il s'avise seulement de désigner son favori et celui-là serait aussitôt lesté d'un handicap insurmontable. Qu'il manifeste, à l'inverse, trop de défiance envers les candidats du « bloc central » et cela se retournerait contre lui : il ne ferait que les encourager à s'émanciper davantage, ce qui officialiserait sa perte d'autorité. Aussi est-il condamné à ne pas bouger, à regarder le combat se disputer sans lui. Du reste, qu'irait faire sur le champ de bataille un général en retraite qui ne commande plus son armée ? Le dernier argument est le plus sérieux : pendant que la campagne s'active, le monde continue de (mal) tourner ; le président sortant reste requis par sa fonction. L'exercer, c'est aussi la défendre - « jusqu'au dernier jour », a promis Macron. Dans l'enchaînement des crises qui menacent la France, qui comprendrait d'ailleurs qu'il délaisse ce qui est de son ressort pour s'investir dans ce qui ne le regarde plus ? Ajoutons que, s'il a en tête des projets de come-back, soigner sa stature internationale est sans doute ce qu'il a de mieux à faire durant les mois qu'il lui reste. Ce serait aussi le meilleur moyen de concilier son avenir et celui du pays. Hervé Gattegno est éditorialiste, directeur de la rédaction de Radio Classique.

Hervé Gattegno