Revue de presse

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Présidentielle 2027 : Ségolène Royal joue les tatas flingueuses

Les Échos · 29/09/2026 · ← revue

Par Philippe Besson

Déjà un deuxième débat de la primaire socialiste et je me suis demandé ce qu'il me restait du premier. Presque rien, sinon des détails, des souvenirs superficiels, accessoires. Les chaussettes rouges d'Emmanuel Maurel, qui m'ont rappelé celles de François Fillon jadis. Et je ne suis pas certain que le rapprochement ferait plaisir à celui qui entend tenir fermement la barre à gauche (mais où est-ce, exactement, la gauche du PS ?). Si on en croit « Le Parisien », celui-ci aurait néanmoins « préféré être chez lui en train de mater un film » plutôt que de débattre. Que n'a-t-il cédé à son désir ? Les jambes écartées de Jérôme Guedj, posture qui semblait signifier : « Je vais leur montrer qui c'est Raoul. » Mais ce manspreading d'un autre âge a-t-il convaincu ? Les difficultés d'élocution d'Olivier Faure, lequel s'exprime parfois si précipitamment qu'il bute sur les mots ou avale des syllabes, ce qui n'aide pas à poser une pensée claire ni à espérer une écoute attentive. VIDEO - Combien coûtent à l'Etat les élections présidentielles et législatives ? Les regards désemparés et les silences impuissants de Raphaël Glucksmann, encaissant scud après scud, puisque l'ambition à peine cachée de cette confrontation était, quand même, de dézinguer le fragile favori de la compétition. L'ennui causé par trois heures poussives qui n'ont pas permis, hélas, d'entendre des propositions originales, d'apercevoir un chemin balisé, de croire à des lendemains qui chanteraient.

L'envie d'en découdre

Au fond, la seule qui aura laissé une empreinte, c'est Ségolène Royal, dont le visage marmoréen trahissait un certain dédain pour ses adversaires et l'envie d'en découdre. Je l'ai aimée, Ségolène, je l'avoue. Je l'ai aimée en 2007 parce qu'elle soulevait les foules et donnait à penser au peuple de gauche que la bataille n'était peut-être pas perdue. Et cela m'aurait tellement plu, alors, qu'une femme enfonce les portes de l'Elysée. Les années qui ont suivi m'ont séparé d'elle. Et sa prestation du soir a planté le dernier clou dans le cercueil. Il faut dire que l'ancienne finaliste de la présidentielle était quasiment en roue libre. Tentée de danser un slow avec Poutine, laissant entendre que les juifs ne seraient pas étrangers à la montée de l'antisémitisme, se vautrant dans la démagogie et le yakafokon s'agissant du prix des carburants, enfin n'hésitant pas à se jeter un peu plus dans les bras de LFI, comme s'il lui importait davantage de sauver les meubles que l'honneur, elle n'était pas loin du n'importe quoi. La vérité, c'est qu'elle n'a plus rien à perdre, Ségolène. Elle sait que c'est son dernier tour de piste. Pour se démarquer et espérer retrouver la ferveur d'antan, elle est convaincue qu'il lui faut renouer avec l'esprit iconoclaste qui lui avait réussi. Pour continuer d'exister, elle n'a pas d'autre choix que de jouer les tatas flingueuses. Alors certes, elle donne un peu de relief à ce combat où la platitude le dispute à la morosité, mais elle confirme aussi qu'il est toujours tragique de livrer le match de trop.