Climat : la Ville de Paris concrétise le « bricolage » pour adapter les écoles en urgence

En plein épisode caniculaire du mois de juin, le maire socialiste de Paris avait assumé le terme dans un entretien au Monde : face au réchauffement climatique qui s’intensifie, « nous devons accélérer par du bricolage », avait prévenu Emmanuel Grégoire. Trois mois plus tard, mardi 29 septembre, c’est dans une école élémentaire du 2e arrondissement, fraîchement équipée en dispositifs antichaleur, que l’édile a davantage concrétisé ce « bricolage » lors d’une conférence de presse. Disant son « attachement absolu à la continuité des services publics de l’éducation », c’est-à-dire son refus de fermer des écoles en cas de canicule, le maire a communiqué des chiffres sur les « travaux d’urgence » réalisés durant l’été. Sur les 616 écoles primaires et 114 collèges publics ouverts à la rentrée 2026, 13 ont été pourvus de brasseurs d’air dans un total de 81 salles, 22 ont reçu des protections solaires, 35 nouvelles « cour oasis » ont été livrées et 6 établissements ont été équipés d’ombrières dans leur cour. Pour les écoles, 71 ont été équipées en film solaire apposé sur les vitres et 28 ont reçu des nouvelles menuiseries. Avec la possibilité qu’un même lieu ait reçu plusieurs de ces dispositifs. D’ici à l’été 2027, M. Grégoire a promis que toutes les crèches, écoles et collèges auront à disposition une salle rafraîchie, que 360 établissements seront équipés de protections solaires et 130 de brasseurs d’air. L’objectif étant que l’intégralité des écoles et collèges bénéficie a minima de ce « bricolage » thermique en 2028 et en 2031 pour les crèches, pour un budget total de 400 millions d’euros. En ce qui concerne la rénovation profonde du bâti scolaire, l’arbitrage est en cours pour déterminer quelles écoles doivent faire prioritairement l’objet de travaux, en prenant en compte l’évolution de la démographie mais aussi la réalité architecturale. « Il y a des écoles qui nous paraissent avoir toutes les qualités requises pour être adaptées, en gros celles de la fin du XIXe et du début du XXe siècle. Il y en a d’autres qui nous semblent disqualifiées d’emblée et nécessiteront probablement d’être détruites et reconstruites », anticipe le maire, citant notamment celle des années 1970 à 1990 « qui se révèlent totalement impossibles à rénover ». Une communication qui ne répond pas totalement aux attentes de l’opposition municipale et notamment des élus de La France insoumise (LFI) qui avaient mis en demeure la Ville de Paris de fournir une « programmation pluriannuelle de rénovation thermique et d’adaptation climatique des écoles » le 7 juillet et saisi le tribunal administratif le 15 septembre face au silence de l’exécutif. « Je ne réponds pas aux injonctions de l’opposition », s’est justifié M. Grégoire mardi, considérant la requête de 17 pages comme un « document très fantaisiste ». Auprès du Monde, les coprésidents du groupe LFI au Conseil de Paris, Sophia Chikirou et Emile Meunier, se sont tout de même félicités que leur « recours [ait] contribué à faire bouger la Ville » tout en soulignant « qu’une enveloppe budgétaire ne dit pas la liste des écoles concernées, les travaux prévus, leur coût et leur calendrier ».
« Refuges climatiques »
Outre les travaux dans les écoles, l’adjoint au maire en charge du logement, Jacques Baudrier (Parti communiste français) s’est engagé à « accélérer au maximum » la pose de volets sur les logements sociaux pour que tous soient équipés d’ici la fin de la mandature. L’identification de lieux publics pouvant servir de « refuges climatiques » pour les nuits caniculaires est également en cours, le maire de Paris ayant déjà annoncé l’utilisation possible de la salle Saint-Jean de l’Hôtel de ville. Pour garder le lien avec les plus vulnérables, la Ville veut également faire monter en puissance le dispositif Reflex. Comptant aujourd’hui 10 000 inscrits âgés ou en situation de handicap qui reçoivent normalement chaque jour un appel d’un agent municipal pendant les pics caniculaires, le système pourrait doubler ou tripler en nombre. Y seraient intégrés les bénéficiaires de l’allocation personnalisée d’autonomie (environ 17 000 à domicile) et de la prestation de compensation du handicap (7 400 personnes en 2024). Avec une vigilance sur les moyens humains de cette cellule qui fonctionne actuellement sur le volontariat des agents. « Je ne suis pas sûr qu’on puisse encaisser un passage à 30 000 inscrits sans réaffecter sur des missions temporaires un certain nombre de nos agents », prévenait M. Grégoire début septembre, lors d’un déplacement dans une école du 19e arrondissement. Dans l’espace public, 100 voiles d’ombrages devraient être déployés dans les rues les plus exposées à la chaleur d’ici l’été 2027 (1,5 million d’euros) et les sites de baignade seront amplifiés dans le temps et dans l’espace dès le printemps en cas de nouvelles canicules (5 millions d’euros pour 2027). Sans préciser, pour le moment, quels seront les moyens humains alloués à l’encadrement et à la surveillance, qui avaient fait défaut avant l’été.