Finances locales : recettes en chute, dépenses en hausse, le département de l'Essonne sous pression

Par Julien Lec'hvien
Sans nouvelles marges de manoeuvre budgétaire, l'Essonne risque l'asphyxie. Tel est, en substance, le message que les élus du conseil départemental de l'Essonne entendent faire passer au gouvernement. Par 27 voix pour et 14 abstentions, ils ont décidé de ne pas inscrire les dépenses liées au versement du RSA dans le budget supplémentaire « au bord de la rupture », adopté ce lundi en assemblée. « Il n'y a pas d'impact pour les bénéficiaires, précise aux « Echos » Nicolas Samsoen, maire (UDI) de Massy et vice-président du conseil départemental chargé des finances. L'objectif est de mettre en évidence le fait qu'on arrive à une situation où il devient impossible pour nous de rester dans la légalité. » Selon lui, l'état des finances oblige la collectivité, dotée d'un budget total de 1,65 milliard d'euros, à transgresser l'une des trois obligations qui lui incombe : le respect de l'équilibre budgétaire, celui des recommandations de la Chambre régionale des comptes (qui préconisent au département de provisionner 10 millions d'euros supplémentaires à son budget) et l'inscription des dépenses liées au versement du RSA.
9,2 % allocataires du RSA supplémentaires en un an
« Arithmétiquement, on ne tient plus », a-t-il résumé devant le parterre d'élus locaux qui s'inquiètent à l'unisson de la situation. En 2026, la baisse des recettes encaissées par l'Essonne et la hausse de ses dépenses sociales obligatoires sont telles que son épargne brute a plongé à 23,8 millions d'euros, contre 134 millions d'euros affichés dans le compte administratif 2025. En miroir, la capacité de désendettement de la collectivité a grimpé en flèche jusqu'à atteindre 52,5 années, bien au-delà du seuil d'alerte de 10 ans. Deux facteurs explicatifs sont principalement mis en avant pour expliquer cette dégradation. En premier lieu, les recettes liées aux droits de mutation à titre onéreux (DMTO), les fameux « frais de notaires », sont très inférieures aux prévisions (-33 millions d'euros), qui tablaient pourtant sur une légère reprise. Un manque à gagner d'autant plus significatif que les DMTO représentent 20 % des recettes du département. Parallèlement, les dépenses de RSA ont augmenté de 21 millions d'euros par rapport au budget initial. Cette hausse s'explique en grande partie par une forte augmentation du nombre d'allocataires. Selon les dernières données publiées par la Direction régionale de l'emploi leur nombre a augmenté de 9,2 % en Essonne entre juin 2025 et juin 2026, contre 1,9 % au niveau national. Au niveau francilien, la deuxième plus forte augmentation concerne le Val-d'Oise (+5,8 %). Cette dynamique de paupérisation s'ajoute à un contexte de grande vulnérabilité pour les finances du conseil départemental, dont le président (LR) François Durovray a rappelé les grandes lignes : baisse de la dotation globale de financement allouée par l'Etat de l'ordre de 50 % en dix ans, inéligibilité au fonds de sauvegarde, financement quasi intégral du SDIS (service incendie) sans compensation fiscale supplémentaire.
« Nous ne pouvons plus faire d'efforts »
Et ce, souligne-t-il, alors que d'importantes mesures d'économies ont été engagées ces dernières années, se traduisant par exemple par la baisse de 10 % de ses effectifs. « Nous considérons aujourd'hui que nous ne pouvons pas faire plus d'efforts », a-t-il conclu. L'élu a par ailleurs profité de la présence de Fabienne Balussou, préfète de l'Essonne, venue défendre le rapport d'activité de l'Etat sur le territoire, pour demander l'étude de certaines mesures dans le cadre du projet de loi de finances 2027, sur lequel les députés se pencheront à partir du 13 octobre prochain. Parmi celles-ci, on compte notamment le plafonnement des versements à la CAF, une meilleure compensation de l'allocation personnalisée d'autonomie, la suppression du dispositif de lissage conjoncturel des recettes fiscales des collectivités territoriale (DILICO), ou encore la possibilité de renationaliser le financement du RSA selon des critères élargis.