A gauche, les équilibres se maintiennent au Sénat, entrée surprise d'un sénateur LFI

Par Hadrien Valat
Evidemment, les Insoumis y voient un signe prémonitoire. LFI vient de faire sauter le verrou de la chambre haute : le député Gabriel Amard a été élu dimanche sénateur du Rhône. Voilà « une onde annonciatrice de la victoire de Jean-Luc Mélenchon » à la présidentielle, s'est délecté le principal intéressé. « Un heureux augure pour 2027 », a emboîté sur X le quadruple candidat à la présidentielle. Les Insoumis se félicitent aussi de l'arrivée au Palais du Luxembourg du divers gauche Marc Péré, à la tête d'une liste LFI-EELV-Générations en Haute-Garonne. « A partir du moment où on en a un dans une Assemblée, c'est le début de la fin pour les autres », a fanfaronné Gabriel Amard. « Nous allons faire entendre notre voix aussi désormais au Sénat. […] Même quand Jean-Luc Mélenchon [sénateur de 1986 à 2000 puis de 2004 à 2010] était tout seul, ça faisait du bruit. »
Les socialistes, première force d'opposition
Au grand dam de leurs adversaires, qui dénoncent la « bordélisation » imposée par les Insoumis à l'Assemblée nationale, le Sénat, îlot feutré préservé de l'électrisation des débats politiques, va-t-il devenir à son tour une arène tumultueuse ? « Ils ne seront que 1 ou 2 sur 348. Le Sénat, c'est ouaté, avec cent cinquante ans d'histoire. Ils devront s'y adapter : les vagues s'arrêtent aux portes du Palais du Luxembourg », prévient un sénateur de droite. Car « ceux qui ne respectent pas les règles sont très vite marginalisés ». Si les Insoumis avaient tout à gagner dimanche, les socialistes risquaient gros. Près de la moitié de leurs effectifs (64) était concernée par le renouvellement partiel de la chambre haute. Grâce aux accords passés avec les Ecologistes et les communistes, ils restent, à l'issue du vote, la première force d'opposition dans l'hémicycle. Sauf retournement de situation engendré par le jeu des ralliements lors de la période de « mercato » qui s'ouvre, les socialistes devraient aussi conserver leur place de deuxième groupe du Sénat, juste devant le groupe centriste. « On nous voyait très bas mais on maintient les effectifs. On a d'autant plus besoin d'un groupe puissant face à l'arrivée de l'extrême droite », se satisfait Rachid Temal, sénateur PS du Val-d'Oise. « Il y a des défaites à peu de choses, notamment dans la Creuse, où on aurait un deuxième élu si LFI ne s'était pas maintenu », regrette-t-il néanmoins.
Les Ecologistes limitent les pertes
La déception vient aussi du Rhône, où Hélène Geoffroy, l'ancienne maire de Vaulx-en-Velin, rate de peu le coche. La liste dissidente de Bruno Bernard, l'ancien président écolo de la métropole de Lyon, qui a recueilli environ 8 % des suffrages, a privé la socialiste d'une place au Sénat. Pourtant, tout n'est pas perdu pour le parti à la rose dans la capitale des Gaules : le départ de Gabriel Amard pour le Sénat laisse la place vacante à l'Assemblée pour sa suppléante, une élue locale socialiste. Un duo difficilement imaginable aujourd'hui, héritage des accords de la Nupes et du Nouveau Front populaire. Malgré de lourdes défaites aux élections municipales de mars dernier, précisément dans les circonscriptions concernées par le renouvellement des sièges au Sénat, les Ecologistes limitent les pertes. Ils seront trois de moins désormais, mais devraient accueillir dans leur groupe Marc Péré, voire Gabriel Amard. Ce qui ne serait pas du tout du goût de Yannick Jadot, par ailleurs exclu du parti pour trois mois pour son soutien à Raphaël Glucksmann : « Si on a des élus qui se revendiquent de La France insoumise, ils n'ont pas leur place au groupe écologiste », a-t-il déclaré au micro de Public Sénat. Le groupe communiste (CRCE-Kanaky) ne bouge, lui, pas d'un pouce, ses quatre sortants concernés par le scrutin ayant été réélus.