Revue de presse

Copie archivée
📄 Copie archivéeBypass BPC (navigateur)Reformaté pour la lecture — sans pub ni fioriture.Ouvrir l'original ↗

« On est obligé de refuser des patients » : en Ille-et-Vilaine, la hausse des carburants asphyxie cette infirmière libérale

Le Télégramme · 28/09/2026 · ← revue

Chaque semaine, Nelly Lohat se rend dans une station essence pour faire le plein de sans-plomb 95. Et, comme beaucoup de Français ces derniers mois, à chaque passage, le stress monte. « Avant d’y aller, je regarde sur une application quelle station est la moins chère dans mon secteur. Aujourd’hui, quand on fait le plein, on est surtout blasé car on n’a pas le choix ».

Car sa voiture, elle ne peut s’en passer, c’est son outil de travail. Infirmière libérale à Saint-Méen-le-Grand, à l’extrême ouest de l’Ille-et-Vilaine, Nelly Lohat passe ses journées dans sa voiture, pour des sauts de puce de patient en patient. « Je m’occupe d’environ 40 patients par jour, soit 80 à 120 kilomètres selon les tournées, quatre jours par semaine. Et ça peut monter à 200 kilomètres lors des tournées du dimanche qui nous obligent à parcourir la moitié du canton ».

« 100 € de plus d’essence par mois »

Installée en zone rurale, la Bretillienne est frappée de plein fouet par la hausse vertigineuse du prix à la pompe, qui atteint, selon les calculs de l’AFP, 2,17 € en moyenne le litre de sans-plomb 95 cette semaine du 25 septembre 2026, et 2,4097 € le litre de gazole. Pour Nelly Lohat, la facture s’élève désormais « à plus de 80 € le plein, contre moins de 70 € il y a trois mois ». Au mois, ce sont donc quelque 320 € de sa rémunération qui partent dans l’essence, « 100 € de plus qu’auparavant ».

Rémunérée à l’acte, elle touche 2 500 € bruts par mois en moyenne, indemnités kilométriques comprises. « Sur ce chiffre d’affaires versé par la CPAM (Caisse primaire d’assurance maladie), il faut compter 40 % de charges, essence comprise. Avec la hausse du prix de l’essence, mais aussi des fournitures médicales qui ont aussi augmenté à cause du carburant, ces charges sont montées à 50 % au total ». Également coordinatrice pour le maintien des personnes âgées à domicile au sein des URPS (Union régionale des professionnels de santé), elle touche 1 700 à 2 000 € nets, toutes activités comprises.

« J’ai réorganisé mes tournées en zones géographiques »

Pour alléger au maximum l’impact sur sa rémunération, elle a donc été contrainte de changer sa façon de travailler. Ses tournées d’abord. « J’ai réorganisé mes tournées en zones géographiques pour éviter les allers-retours. Avant, elle se faisait en fonction des disponibilités des patients. Maintenant, on impose davantage les horaires pour dépenser moins d’essence. Les patients comprennent, mais leur confort en pâtit ». Pour certains actes peu rémunérés, comme « la pose de pansements simples, on demande aux patients qui le peuvent de venir au cabinet, ce qu’on ne faisait pas avant car sinon, on travaillerait à perte ».

Nelly Lohat se pose aussi des questions qu’elle ne se posait avant. « On devient très regardantes sur les nouvelles prises en charge. Si c’est vraiment loin, on est parfois obligé de refuser des patients. Car on perdrait de l’argent. Maintenant, on parle en comptable. On réfléchit au financier avant de penser au patient, alors que ce n’est pas la façon de penser d’une infirmière normalement. » Elle a aussi dû mettre le holà sur les coups de main, fréquents en zone rurale. « On allait souvent à la pharmacie récupérer des médicaments, mais depuis cette année, on leur dit non ».

Nouvelle voiture électrique, avant les tournées à vélo ?

Mardi 22 septembre 2026, le gouvernement a élargi la prime gros rouleur (100 € pour les trois mois à venir) aux infirmiers libéraux, jusque-là exclus du dispositif. « C’est une juste reconnaissance, mais pas à la hauteur du coût que l’on paie », observe-t-elle. D’ailleurs, Nelly Lohat a déjà prévu de troquer son véhicule essence par une voiture 100 % électrique. « Je dois la recevoir en novembre, mais je pousse auprès du concessionnaire pour avancer la livraison. Je vais tester deux-trois ans l’électrique pour voir si je suis gagnante. Ensuite, on verra ».

Avec sa collègue avec qui elle se partage les tournées, elle réfléchit aussi à l’achat d’un vélo électrique, « pour les tournées du soir qui sont toutes dans le bourg de Saint-Onen-la-Chapelle, juste à côté. Si on nous avait dit il y a deux ans qu’on envisagerait de faire nos tournées à vélo, on ne l’aurait pas cru. Mais il faut bien qu’on trouve des solutions. Car aujourd’hui, on tient car on est passionné par notre métier. Mais si la situation ne s’améliore pas, beaucoup se poseront la question d’arrêter. Ce serait regrettable pour nos patients car c’est aussi leur maintien à domicile qui est en jeu ».