Un maire d’extrême droite débaptise un cinéma au nom d’un célèbre réalisateur camarétois
Le nom de René Vautier, réalisateur résistant originaire de Camaret-sur-Mer, dans le Finistère, a été effacé du fronton d’un cinéma. « Je ne souhaite pas politiser la culture », argue dans Télérama Steve Fortel, maire d’Elne, petite commune située au sud de Perpignan, et à l’origine du changement de nom de la salle sombre. Cette décision a été actée lors du conseil municipal du 22 septembre, par le maire élu depuis mars 2026.
« Un homme est mort »
Déclaré sans étiquette mais classé à l’extrême droite par la préfecture, l’édile justifie de renommer le cinéma « La Bobine illibérienne » - du nom du gentilé des habitants d’Elne - par le soutien du réalisateur d’«Avoir vingt ans dans les Aurès » au Front de libération nationale (FLN) pendant la guerre d’Algérie. Moïra Chappedelaine-Vautier, fille de René Vautier, indique à Télérama ne pas avoir été informée avant cette décision. « Personne ne m’a appelée », explique-t-elle à l’hebdomadaire culturel.
René Vautier, né le 15 janvier 1928 et mort le 4 janvier 2015 à Saint-Malo, s’est fait connaître par ses films engagés, notamment à Brest, avec « Un homme est mort ». Ce film, depuis disparu, mais consacré par un film et une bande dessinée de Kris et Étienne Davodeau, raconte la mort d’Édouard Mazé, ouvrier et militant CGT de 26 ans, lors d’une grève des dockers et ouvriers du bâtiment, tombé d’une balle en pleine tête tirée par un policier. Le réalisateur avait également tourné le documentaire « Marée noire, colère rouge », sur la mobilisation des Bretons suite à la catastrophe de l’Amoco Cadiz.
La perte du nom de la salle de projection s’accompagne également par un changement de politique de gestion. L’association Cinémaginaire a été écartée au profit d’un futur prestataire privé. Lors d’un conseil municipal, Steve Fortel a annoncé la couleur, toujours selon Télérama : « Je souhaite également qu’il n’y ait pas de projections idéologiques à l’avenir. »