Présidentielle 2027 : David Lisnard, le trublion de la droite qui rêve de mener « la révolution de la liberté »

Un pied dans la présidentielle, l'autre dans l'Association des maires de France (AMF), David Lisnard court. Au sens propre du terme. Chauffé par un tube d'Elvis Presley, l'édile cannois grimpe les marches à toute allure, vendredi, pour rejoindre la scène du complexe sportif de Benfeld (Bas-Rhin), où l'attendent un millier de soutiens. « C'est dans nos meetings que vous entendrez les meilleures musiques », leur lance d'entrée de jeu le candidat libéral à l'Elysée. Le marathonien était le matin même en Seine-et-Marne, cette fois au titre de sa campagne pour un second mandat à la tête de la puissante AMF. Une double casquette qui agace autant son principal concurrent Philippe Laurent, maire UDI de Sceaux, que Les Républicains (LR), dont le candidat, Bruno Retailleau, peine à décoller dans les sondages.
Supprimer « les procédures débiles »
Face à une poignée de drapeaux français et des pancartes « Lisnard 2027, on le fera ! », le quinquagénaire reste fidèle à ses classiques. En croisade contre « les bureaucrates qui volent l'argent des Français », il livre un discours d'une heure et demie sans note, appelant à mener « la révolution de la liberté » dans notre « République des CERFA », exemples à l'appui. « En France, on peut dire à Poutine : tremble Vladimir, la France veille à l'ordre de l'Europe. On peut dire aux Chinois : attention, nous arrivons. Mais face à un simple nid d'hirondelle, on peut bloquer des projets à des millions d'euros », ironise David Lisnard. Dans son viseur, « les procédures débiles », comme le ZAN ou le DPE, et plus largement les Codes du travail, de l'environnement ou de la commande publique, qu'il souhaite supprimer s'il arrive au pouvoir. Mais la route vers l'Elysée est encore très longue. Crédité de 1 % à 5 % d'intentions de vote par les quelques instituts qui l'ont testé, l'ex-vice président de LR continue en vain de plaider pour une large primaire, allant de Gabriel Attal à Sarah Knafo. « Je ne comprends pas de quoi ils ont peur », s'interroge-t-il en aparté, visant le favori au centre et à droite, Edouard Philippe, opposé à une telle compétition.
Les précieuses voix de Bruno Retailleau
Avec ou sans primaire, le candidat peu connu du grand public jure qu'il ira au bout de ses ambitions. Il revendique 30.000 adhérents à son mouvement Nouvelle Energie, affirme avoir déjà recueilli les 500 promesses de parrainages nécessaires pour se présenter en 2027 et lève des fonds. « Tous ceux qui ont gouverné vont être virés, et il vaut mieux que ça soit moi qui les vire, plutôt que Jean-Luc Mélenchon », poursuit David Lisnard, incluant Bruno Retailleau dans sa liste pour avoir été un an ministre de l'Intérieur sous Emmanuel Macron. Autour du président de LR, l'on fait mine d'ignorer ce défenseur d'un libéralisme décomplexé. « Il y a une petite mode Lisnard, comme il y avait une mode Villepin avant l'été », balaye un conseiller, persuadé « que les libéraux sont trop petits en France pour gagner seuls » et que les deux hommes, qui sont « amis », se retrouveront dans les prochains mois. Mais des élus s'inquiètent que le maire de Cannes s'accroche et prive Bruno Retailleau de précieuses voix. Pour éviter ce cas de figure, un deal tacite avait été un temps avancé au siège de LR, prévoyant le retrait de David Lisnard en échange du soutien de Bruno Retailleau à un second mandat à l'AMF. Les deux camps réfutent aujourd'hui toute forme de marchandage. « La compromission, c'est le pire de tout. Je ne cherche aucun poste de ministre », insiste d'ailleurs le maire de Cannes devant ses soutiens alsaciens.
Campagne IA et réseaux sociaux
Reste à prouver qu'il ne sera pas qu'un « passenger » dans cette aventure élyséenne, comme pourrait le laisser supposer la chanson culte d'Iggy Pop qui résonne en fin de meeting. A droite, tout le monde garde en mémoire les 3,91 % d'Alain Madelin en 2002, dernier candidat ouvertement libéral à la présidentielle. L'époque est différente, rétorque David Lisnard, la main sur son portable, où il fait régulièrement défiler ChatGPT. « Aujourd'hui, vous pouvez faire une campagne avec de l'IA et les réseaux sociaux, c'est très puissant », s'extasie le maire de Cannes, alors que ses détracteurs doutent de sa capacité financière à tenir le rythme. Porté par une communauté très active en ligne, l'admirateur de Javier Milei entend créer le débat autour de ses propositions ces prochains mois. Celle visant à instaurer dans la loi qu'un actif doit gagner au moins 500 euros de plus qu'un inactif en est une. Son équipe prépare déjà les prochains meetings, dont un « avec plus de 5.000 personnes » avant Noël. Un autre pourrait se tenir à Paris en janvier.