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La Collectivité territoriale de Martinique, lourdement endettée, cherche à redresser ses comptes

Le Monde · 26/09/2026 · ← revue

Diminuer les dépenses et augmenter les recettes : l’objectif affiché par la Collectivité territoriale de Martinique (CTM) était clair, en réponse au rapport accablant de la chambre régionale des comptes, qui avait fait état d’un « déséquilibre financier structurel » et d’une situation « critique » au sein de cette collectivité ultramarine, endettée à hauteur d’un milliard d’euros. Transmis aux élus martiniquais le 5 août, le rapport d’observation, qui porte sur la période allant de 2021 à 2025, a été débattu lors d’une plénière à l’Assemblée de Martinique, jeudi 24 et vendredi 25 septembre, jour de sa publication. Le document avait fuité dans les médias dix jours auparavant et alimenté de nombreuses réactions de Martiniquais effarés sur les réseaux sociaux. « La chambre régionale des comptes a raison de dire qu’on est dans une situation critique », a reconnu jeudi Serge Letchimy, le président (Parti progressiste martiniquais, centre gauche autonomiste) du conseil exécutif de la collectivité martiniquaise, face aux conseillers territoriaux, peu après le début des délibérations. Toutefois, « il n’y a pas de gabegie », a assuré le patron de l’exécutif territorial lors de cette plénière largement consacrée à l’adoption d’un plan de redressement de 69 millions d’euros sur 2027 et 2028. Ces mesures font suite à un « premier plan d’optimisation des dépenses et des recettes, voté en juin 2025 », qui avait rapporté 75 millions d’euros en un an, a précisé la CTM dans un communiqué publié jeudi. L’objectif n’est pas tant de désendetter la collectivité martiniquaise que de « retrouver des capacités financières », explique au Monde Arnaud René-Corail, conseiller exécutif chargé des finances à la collectivité martiniquaise. Le deuxième « plan d’optimisation » prévoit la cession de bien immobiliers pour quelque 12 millions d’euros d’ici à 2027, ainsi qu’une augmentation des recettes fiscales de la collectivité : une nouvelle taxe destinée à la mobilité visant les employeurs de plus de 11 salariés, devrait ainsi rapporter 4,5 millions d’euros par an. Ces fonds seront destinés au financement des réseaux de transport public de l’île, au fonctionnement souvent défaillant. Mais ce sont les mesures d’économies proposées par l’équipe de Serge Letchimy qui ont suscité le plus de crispations dans l’hémicycle de l’assemblée territoriale. Ainsi, la dotation de fonctionnement des 68 collèges et lycées de Martinique sera ramenée à 13,8 millions d’euros à partir de 2027, soit une baisse globale de 19 %.

Des mesures qui « frappent la jeunesse »

« Dès qu’il y a des difficultés financières, c’est sur l’éducation qu’on veut opérer des coupes claires ; sur le sport, la formation professionnelle, la réinsertion », critique Jean-Philippe Nilor, conseiller territorial d’opposition au sein du groupe Ansanm pou péyi-nou (« ensemble pour notre pays »). Or, du point de vue de ce député de la quatrième circonscription de Martinique, qui siège avec La France insoumise à l’Assemblée nationale, ces secteurs « doivent être des priorités absolues » sur cette île confrontée à une « explosion de la violence et des trafics en tout genre ». « Nous refusons ce plan d’austérité déguisé en plan d’optimisation », raille le parlementaire, qui préconise la « recentralisation de la gestion du RSA [revenu de solidarité active] », car « c’est une responsabilité de l’Etat qui coûte, en moyenne par année, près de 20 millions d’euros à la collectivité ». « Beaucoup de réductions vont porter sur la jeunesse », abonde Daniel Marie-Sainte, chef de file du groupe d’opposition indépendantiste à l’Assemblée de Martinique. Le doyen de l’hémicycle rappelle que le précédent plan de redressement prévoyait déjà de « réduire les dotations aux associations du domaine sportif et culturel », des mesures qui « frappent la jeunesse » alors que l’île « perd 4 000 jeunes par an » sous l’effet d’une émigration massive, qui a fait de la Martinique la région la plus âgée de France, selon l’Insee. « L’effort sur les dépenses de fonctionnement doit être partagé par tout le monde », insiste la conseillère Catherine Conconne, cheffe de file du groupe d’opposition La Martinique ensemble. Les collèges et lycées seront certes contraints de « rogner un peu sur les dépenses » mais cela ne devrait pas « compromettre l’éducation des enfants », balaie la sénatrice apparentée socialiste, qui réclame davantage de « transparence » au sein de l’équipe dirigeante de cette collectivité unique, née de la fusion des deux assemblées locales de cette ancienne région mono-départementale. Certaines mesures du plan de redressement n’ont pas pu être adoptées comme prévu jeudi et vendredi, tant les débats s’éternisaient. Celles-ci, à commencer par la diminution des aides pour les étudiants et la rationalisation des engagements auprès des communes, devront encore être examinées lors d’une prochaine plénière.