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Sénatoriales 2026 : qui sont les grands électeurs qui vont voter dimanche ?

Le Monde · 25/09/2026 · ← revue

Une poignée de parlementaires, quelques centaines d’élus départementaux ou régionaux, et surtout des dizaines de milliers de représentants des conseils municipaux. Tous ces grands électeurs prendront part aux élections sénatoriales du dimanche 27 septembre, qui remettent en jeu 178 sièges sur les 348 qui composent la chambre haute du Parlement. Dans la soixantaine de départements concernés, 93 469 personnes vont participer au choix des sénateurs – le vote étant obligatoire, sous menace d’amende. Sont-elles plutôt jeunes, plutôt âgées ? Plutôt des hommes, des femmes ? Aisés ou modestes ? Les Décodeurs ont plongé dans les statistiques pour brosser leur portrait.

Une immense majorité de conseillers municipaux

Le collège électoral des sénatoriales comprend différents types d’électeurs : l’ensemble des sénateurs, des députés, des conseillers régionaux et départementaux, mais aussi et surtout des délégués des conseils municipaux. Dans les communes de moins de 9 000 habitants, le conseil municipal élit certains de ses membres pour participer aux sénatoriales : on les appelle les « délégués élus ». Dans les villes de plus de 9 000 habitants, tous les conseillers municipaux participent au scrutin : ils sont nommés « délégués de droit ». Enfin, dans les villes de plus de 30 800 habitants, des « délégués supplémentaires » votent aussi : ce sont des personnes non élues, choisies sur les listes électorales par les conseillers municipaux pour participer aux sénatoriales à leurs côtés. Conformément à l’article 24 de la Constitution, qui charge le Sénat d’assurer « la représentation des collectivités territoriales de la République », les élus locaux sont, de loin, les plus représentés parmi les grands électeurs. Les conseillers municipaux et délégués supplémentaires comptent pour plus de 95 % du collège électoral, contre environ 4 % pour les conseillers régionaux et départementaux, et moins de 1 % pour les députés et sénateurs.

Le poids très important des petites communes

Parmi les élus communaux, la majorité des grands électeurs provient de petites ou très petites localités : 55 % d’entre eux sont issus de communes de moins de 3 500 habitants. Ces petites communes sont largement surreprésentées par rapport à leur population. Par exemple, dans l’Ain, 24 % des conseillers municipaux qui vont voter aux sénatoriales sont des élus de communes de moins de 1 000 habitants, dans lesquelles ne vivent que 15 % de la population du département. Inversement, les villes de 9 000 à 30 799 habitants pèsent 20 % de la démographie locale, mais seulement 17 % des délégués aux sénatoriales. Cette logique se retrouve quand on effectue cette comparaison pour l’ensemble des grands électeurs.

Une parité femmes-hommes incomplète

Les hommes représentent près de 59 % des élus qui voteront aux sénatoriales, et les femmes un peu plus de 41 %, avec des disparités importantes selon les sous-groupes. Chez les sénateurs et les députés, on se trouve bien loin de la parité, avec respectivement 37 % et 33 % d’électrices – ce qui reflète le déséquilibre existant dans les deux chambres du Parlement. L’équilibre s’avère beaucoup mieux respecté à l’échelon des conseillers régionaux et départementaux, avec respectivement 48 % et 49 % d’électrices. Parmi les conseillers municipaux, on trouve seulement 41 % de femmes, alors que le scrutin municipal est paritaire. Cette contradiction s’explique par le fait que seule une fraction des conseillers municipaux participent à l’élection dans les communes de moins de 9 000 habitants. Or, 22 % des conseillers choisis sont des maires, qui sont eux-mêmes des hommes dans la grande majorité des cas.

Un collège électoral relativement âgé

L’âge moyen des grands électeurs est de 56 ans – soit bien plus que l’âge moyen des Français, 43 ans. Les hommes sont un peu plus vieux (57 ans) que les femmes (55 ans). Tous genres confondus, les moins de 40 ans représentent un peu plus de 10 % de l’effectif, et les plus de 70 ans près de 14 %. Comme les conseillers municipaux représentent la quasi-totalité des grands électeurs, il est logique d’y retrouver cet âge moyen de 56 ans. Néanmoins, ce chiffre dépasse la moyenne nationale de l’ensemble des élus municipaux du pays, participants ou non aux sénatoriales, qui s’établit à 52 ans. Pour l’expliquer, on peut émettre l’hypothèse que les conseils municipaux choisissent surtout des élus plus âgés et plus expérimentés pour désigner les sénateurs.

Beaucoup de cadres, peu d’ouvriers

Au chapitre des catégories socioprofessionnelles, ce sont les cadres et les professions intellectuelles supérieures qui fournissent le principal contingent de grands électeurs – près d’un tiers. Viennent ensuite les retraités, ce qui est cohérent avec l’âge moyen du collège électoral. Les ouvriers (qualifiés ou non qualifiés) et les agriculteurs, qui représentent conjointement moins de 10 % du total, font partie des catégories les moins représentées. Pour résumer, le grand électeur type est un homme de 56 ans, maire ou conseiller municipal d’une petite, voire très petite commune. Il est soit retraité, soit actif dans un emploi de haut niveau. Enfin, si la droite dispose traditionnellement de la majorité au Sénat, il serait très difficile de projeter le résultat des élections à partir des orientations politiques des 93 469 grands électeurs. En effet, ces dernières sont très mal connues pour les conseillers municipaux, en particulier parce qu’un très grand nombre d’entre eux – les élus de communes de moins de 3 500 habitants – n’ont pas reçu d’étiquette politique du ministère de l’intérieur lors des dernières élections municipales.