Sénatoriales 2026 : au Salon des maires des Bouches-du-Rhône, les candidats s’attendent à un scrutin « très serré »

Ils sont tous venus, ou presque. A quarante-huit heures du scrutin, les têtes de liste, huit sur neuf, aux élections sénatoriales, dans les Bouches-du-Rhône – un record historique – ne pouvaient manquer le rendez-vous du Salon des maires du département, vendredi 25 septembre. Dans les travées de l’Espace Charles-Trenet, à Salon-de-Provence, ville du nouveau président de la Métropole Aix-Marseille-Provence, Nicolas Isnard (Les Républicains), seule la candidate La France insoumise – qui assure ne pas avoir été invitée – manque à l’appel. Maires, conseillers municipaux, tous grands électeurs potentiels, se pressent entre les stands des grandes entreprises, des sociétés publiques ou de start-up, qui offrent café et croissants. « Le scrutin va être très serré. Quelques voix peuvent encore faire la différence », convient le sortant communiste Jérémy Bacchi, en quête d’une réélection. Depuis le début de l’été, la campagne pour les huit sièges sénatoriaux des Bouches-du-Rhône est brutale. Entre une droite déchirée, au sein de laquelle trois listes revendiquent l’estampille Les Républicains, une gauche divisée par le sujet de la métropole et une extrême droite qui n’a pas soldé la guerre fratricide entre le Rassemblement national (RN) et son ancien leader Stéphane Ravier, sénateur en titre, l’issue est incertaine. Derrière les certitudes de façade, la question revient : « Et vous, quel est votre pronostic ? » « Ils sont sympas d’avoir réuni tous mes électeurs au même endroit à deux jours de l’élection », s’amuse Jean-David Ciot, maire (divers gauche) du Puy-Sainte-Réparade. L’ancien député socialiste rêve d’être la surprise du scrutin. Il s’est lancé en solo, en enfourchant un thème qui séduit beaucoup de maires : la nécessaire réforme de la métropole et de sa structure financière. Sur les stands, on le félicite d’avoir attaqué le budget établi par le préfet des Bouches-du-Rhône au tribunal administratif. « Les maires me présentent comme celui qui les défend », savoure-t-il. La candidature de cet ancien chef de file du Parti socialiste départemental fragilise la liste d’union de la gauche. A quelques stands, costume noir, cravate rayée de blanc, le sénateur écologiste Guy Benarroche le reconnaît : troisième derrière deux autres sortants, Jérémy Bacchi et l’ex-ministre socialiste Marie-Arlette Carlotti, il se sait le plus menacé. « Avec les résultats des municipales à Marseille, nous étions sûrs d’avoir trois élus. Mais les turbulences métropolitaines font qu’on peut avoir des doutes », souffle-t-il, confiant en son bilan.
Psychodrame à droite
A l’extrême droite, la division trouble aussi les prévisions. Le RN, venu au salon avec ses nombreux députés, espère deux sénateurs. Il a constitué ses listes sans Stéphane Ravier, pas encore pardonné de son passage temporaire chez Reconquête !. Celui-ci joue gros : ce mandat est son dernier. « Je préférerais rester parlementaire… Mais sinon, je ferai autre chose », se projette-t-il. Pour retrouver les voix de 2020 qui lui ont permis d’être élu sénateur de justesse, l’ex-RN compte sur l’éclatement des listes, sur sa « constance de trente-cinq ans dans la famille nationale » et sur sa « relation de confiance avec les maires ». « Au début, ils m’appelaient monsieur le sénateur. Aujourd’hui, c’est Stéphane. Je suis passé de parlementaire mandaté par un parti à élu attaché à son territoire », assure celui qui, signe de son isolement, a placé son épouse en deuxième position sur sa liste. Dans les travées de l’Espace Trenet, c’est en mode psychodrame que la droite locale finit sa campagne. Sénatrice (LR) sortante, Valérie Boyer, fulmine. L’élue marseillaise vient de déposer plainte contre X pour un tract envoyé aux 3 685 grands électeurs du département. Ce courrier anonyme dénonce sa liste comme une « fausse liste de droite » et attaque nominativement ses colistiers. « Je ne pensais pas que cette campagne pouvait aller aussi bas », déplore-t-elle. Depuis qu’elle a décidé de mener sa propre candidature, en rupture avec la commission nationale d’investiture LR, qui soutient la liste menée par l’UDI Brigitte Devésa et le président de la région, Renaud Muselier (Renaissance), Mme Boyer se pose en défenseuse de « la vraie droite ». Et bataille contre le duo Devésa-Muselier, qu’elle présente comme les candidats du camp Macron. Le soutien du président de son parti, Bruno Retailleau, lui apporte la légitimité qu’elle espérait. Et elle a apprécié que le président du Sénat, Gérard Larcher (LR), déclare forfait pour l’apéritif de clôture de campagne de Renaud Muselier, jeudi 24 septembre, à Aix-en-Provence, auquel il était invité.
Muselier décontracté
Le maire (LR) de Gardanne, Hervé Granier, à la tête d’une liste d’élus locaux, garde lui aussi un goût amer d’une campagne qu’il dit « violente ». Il dénonce notamment les paroles prononcées dans la presse par Brigitte Devésa, intimant aux maires prêts à le soutenir de « faire attention ». « Faire attention à quoi ? A Renaud Muselier qui va nous couper des subventions ? », s’enflamme-t-il. Cible de ses adversaires, le président de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur affiche, lui, sa décontraction habituelle. Il a publiquement traité de « Judas » son ancien compagnon au RPR, le maire de Saint-Etienne-du-Grès, Jean Mangion, second sur la liste Boyer. « Judas ? ce n’est pas une menace, c’est une vérité historique », précise-t-il. A la tribune du Salon des maires, M. Muselier s’est bien gardé de prendre la parole, se sachant sous le regard de concurrents prêts à déposer des recours s’il le faisait. Son représentant, Serge Perottino, vice-président du conseil régional, a fait le travail pour lui, saluant le travail « exemplaire » de Renaud Muselier. « Il a dit ce que j’aurais dit », appréciait l’intéressé à la fin des discours. S’il ne vise plus quatre sièges comme au début de la campagne – « c’était un désir » –, l’ex-LR se dit sûr de son élection derrière Brigitte Devésa. « Si, après la carrière que j’ai eue, je ne suis pas capable de faire élire deux sénateurs, il vaut mieux que j’arrête », se persuade-t-il. La promesse tient jusqu’à dimanche soir.