« Manipulation de l'information », « ingérence » : l'Union européenne sanctionne Xenia Fedorova

Par Nicolas Rauline
Deux jours après avoir retiré deux oligarques de la liste des personnalités russes sous sanctions européennes, le Conseil européen remet la pression. Il a décidé d'intégrer Xenia Fedorova à une autre liste, qui frappe ceux ayant participé à des menaces hybrides. L'ancienne présidente et directrice de l'information de la chaîne russe RT France (fermée depuis), récemment chroniqueuse sur les médias de Vincent Bolloré, CNews et Europe 1, ne pourra donc plus circuler à l'intérieur de l'Union européenne et ses avoirs y seront gelés. Il sera aussi interdit à toute entreprise européenne de la rémunérer d'une manière ou d'une autre. Le Conseil a souligné « son rôle dans la poursuite des activités hybrides de la Russie, et en particulier sa participation à des opérations étrangères de manipulation de l'information et d'ingérence, compromettant ainsi la démocratie et la stabilité au sein de l'UE et de ses Etats membres ». En tant que présidente et directrice de RT France, « elle a participé à la mise en oeuvre et à la diffusion de la ligne éditoriale de RT France, y compris des narratifs prorusses dans le contexte de la guerre d'agression de la Russie contre l'Ukraine ».
Une centaine de personnalités et entités
La liste en question, qui touche à la désinformation, concerne 81 personnalités et 20 entités. Elle diffère de celle qui a défrayé la chronique en ce début de semaine et qui concerne, elle, les personnalités jouant un rôle économique auprès du Kremlin - celle-là compte près de 3.000 personnalités et entités. Le scandale est venu du fait que deux oligarques (Ousmanov et Fridman) ont été retirés de cette liste à la demande de la France et du Luxembourg. Une manoeuvre qui a permis la libération d'un prisonnier français en Azerbaïdjan mais qui a créé des tensions entre les 27. Le régime de sanctions qui s'applique à Xenia Fedorova est différent. Celles qui la concernent seront revues tous les ans contrairement à celles touchant les « financiers » de Moscou, dont les effets ont été prolongés cette semaine pour trente-six mois (contre six mois auparavant). L'Europe s'était parée d'outils pour sanctionner les actions de déstabilisation de la Russie en octobre 2024. « L'UE et ses Etats membres continueront de recourir à l'éventail complet des outils à leur disposition pour protéger, prévenir, dissuader et réagir face à de tels comportements malveillants », souligne le Conseil.
Nouvelles sanctions en vue
Xenia Fedorova avait fait l'objet d'un arrêté d'expulsion de la France, cet été, et avait quitté le territoire français, tout en contestant la décision. Selon « Le Monde », elle avait alors trouvé refuge en Italie, puis en Turquie, continuant toutefois d'apparaître dans le « JDNews », où elle tient une chronique, et sur CNews. Ses employeurs, Canal+ et Lagardère, avaient dénoncé « une atteinte particulièrement grave à la liberté d'expression ». La Commission européenne a confirmé cette semaine qu'elle planchait sur de nouvelles sanctions contre la Russie, sans aller jusqu'à parler d'un 22e paquet. La pression pourrait être accrue sur le complexe militaire russe et la flotte fantôme de tankers transportant du pétrole et du gaz. Et 1.600 nouvelles personnalités et entités pourraient être visées. L'annonce devrait être officialisée courant octobre.