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Présidentielle 2027 : l'avertissement lancé aux candidats pour éviter la « fuite des cerveaux »

Les Échos · 24/09/2026 · ← revue

Par Alain Ruello

Pas un tsunami, plutôt une hémorragie lente à surveiller. Un an après la première publication, l'édition 2026 du baromètre sur l'expatriation et la fuite des cerveaux réalisée par Ipsos BVA pour Syntec confirme que les plus qualifiés ne quittent pas la France en masse. Pour autant, alerte la Fédération du numérique, de l'ingénierie, du conseil, de l'événementiel et de la formation professionnelle, le pays doit se relancer dans la compétition mondiale des cerveaux, et avance sept propositions à l'adresse des candidats à la présidentielle pour cela.

Tableau loin d'être sombre

Des principaux chiffres de ce baromètre aux sources multiples et pas forcément alignées, il ressort que le pourcentage des ingénieurs qui partent travailler à l'étranger sitôt leur diplôme obtenu est en légère baisse : 8,7 % pour les promotions 2024, contre 9 % un an plus tôt. A l'opposé, le taux d'expatriation des ingénieurs en activité a progressé, passant de 12,9 % à 14,8 %, mais il reste sous les niveaux du milieu des années 2010. A 55 %, le pourcentage des « talents » très qualifiés, c'est-à-dire de jeunes diplômés bac + 5 ou plus, qui envisage une expatriation dans les trois ans reste élevé, mais a reculé de 2 points. La part de ceux qui ont engagé des démarches concrètes, elle, a chuté de 5 points à 16 %. Sachant que le désir d'aller voir ailleurs est loin d'être une fuite, le tableau n'est pas sombre. Il l'est d'autant moins que la France, même loin des meilleurs comme le Canada ou l'Allemagne, retient un peu mieux les étrangers qui sont venus étudier : 27 % de ceux de la cohorte 2019 sont toujours présents avec un visa ou un titre de séjour lié au travail, contre 22,5 % pour celle de 2015. Nous ne sommes pas au fond du trou mais il faut qu'on se relance dans la compétition des talents

Laurent Giovachini, président de Syntec

Pour autant, met en avant le président de Syntec, Laurent Giovachini, certains clignotants invitent à la prudence. Alors qu'ils pensaient partir pour sept ans en moyenne, celles ou ceux qui ont franchi le Rubicon y sont restés treize ans de plus, en moyenne. Les taux d'expatriation du gratin des ingénieurs sont bien supérieurs. Les motivations économiques (meilleur salaire notamment) sont plus prononcées. La France, qui plus est, a perdu deux places dans le classement des pays d'accueil… « Nous ne sommes pas au fond du trou mais il faut qu'on se relance dans la compétition des talents », plaide Laurent Giovachini. A l'adresse de Sébastien Lecornu pour éviter que le projet de budget 2027 « ne comporte de mauvaises mesures », mais surtout à l'adresse des candidats à la présidentielle, Syntec assure « qu'il ne faut pas grand-chose » pour refaire de l'économie française une économie avec davantage d'emplois qualifiés.

Stage en entreprise pour les professeurs principaux

Pour la fédération professionnelle, cette quête de compétences passe d'abord par l'orientation en instaurant un stage systématique en entreprise des professeurs principaux. « Dix professeurs principaux ayant connu dix entreprises et secteurs différents, c'est une équipe capable d'éclairer réellement les élèves sur la diversité des débouchés », plaide-t-elle. Toujours dans ce domaine, il faut orienter « préférentiellement » les élèves en seconde dont le niveau est suffisant vers les enseignements scientifiques en première et terminale. A la clé, une augmentation « mécanique » de la présence de filles. L'apprentissage, ensuite, doit passer totalement dans les seules mains des partenaires sociaux alors que le gouvernement a le dernier mot sur la fixation des coûts contrats versés aux centres de formation. Sur le modèle de ce que le gouvernement envisage avec le CPF, Syntec propose aussi qu'une fois en poste les salariés disposent d'un « droit » à une seconde formation financée par la nation « à condition qu'elle conduise à un métier dont le pays a besoin ». Le cursus proposé serait d'un ou deux ans en alternance, avec valorisation de l'expérience et revenu de reconversion de 80 % du salaire antérieur (dans la limite de deux SMIC). Pour accélérer l'accueil et l'installation des « talents étrangers porteurs de compétences critiques », en intelligence artificielle ou cybersécurité par exemple, il faut créer un guichet unique capable de traiter un dossier en huit semaines max, « contre plusieurs mois aujourd'hui ».

100.000 emplois supplémentaires

Réitérant une de ses revendications prioritaires, la fédération défend un alignement du coût du travail des plus qualifiés sur la moyenne européenne avec à la clé une « baisse graduelle de 8 milliards de surfiscalité », et une sanctuarisation du crédit d'impôt recherche. Ces deux mesures sont censées générer 100.000 emplois supplémentaires grâce à un gain de 0,4 point de PIB. La dernière proposition, enfin, est de portée plus générale. Il s'agit de « relancer la dynamique économique hors des grandes métropoles ». Comment ? En créant un dispositif transitoire d'incitation fiscale à l'implantation : une réduction de 50 % des droits de mutation à titre onéreux (DMTO) pour l'acquisition d'un bien immobilier liée à la création ou au transfert d'une activité, ainsi qu'à une mobilité professionnelle.

Alain Ruello