Paris-Saclay : l'agglomération épinglée pour sa gestion perfectible, malgré des finances saines

Par Julien Lec'hvien
Si les collectivités étaient évaluées par des appréciations, la communauté d'agglomération Paris-Saclay (CPS), en Essonne, obtiendrait sans doute les encouragements. Mi-septembre, la chambre régionale des comptes (CRC) d'Île-de-France a rendu public un rapport dans lequel elle salue la « situation financière satisfaisante » de l'intercommunalité mais pointe des marges d'amélioration pour parfaire sa gestion et accompagner ses ambitions, notamment écologiques. Créée en 2016, la deuxième plus grande agglomération du département regroupe 27 communes et compte 320.000 habitants. Après un premier rapport, publié en août, consacré à la gouvernance de l'intercommunalité et l'opération d'intérêt national (OIN) Paris-Saclay, la juridiction financière s'est penchée sur la situation financière, la gouvernance de la transition écologique, et le recours aux agents contractuels et aux systèmes d'information sur une période allant de 2020 à 2024. Sur le plan budgétaire, les magistrats observent que la CPS affiche une gestion saine puisque les produits de gestion progressent (+8,8 %) plus vite que les dépenses de fonctionnement (+5,5 %). Son endettement, notent-ils, « reste soutenable », passant de 124,77 millions d'euros en 2020 à 146,86 millions d'euros en 2024. Cela représente une capacité de désendettement de 7,2 années, en deçà du seuil critique de 12 années.
Approximations comptables
Ils pointent en revanche des approximations comptables. Par exemple, certains équipements ou infrastructures (médiathèques, ZAC, etc.) contrôlés par la CPS ne sont pas comptabilisés dans l'inventaire de son patrimoine, tandis que d'autres y demeurent alors qu'ils n'appartiennent plus à la collectivité. Il en résulte un écart de 29,57 millions d'euros entre l'inventaire comptable et l'état de l'actif. Côté RH, le rapport relève la dépendance croissante de la CPS aux agents contractuels, dont la proportion a augmenté de 40,6 % en quatre ans. En 2023, elle s'établissait à 29 % des effectifs, au-delà de la moyenne nationale de la fonction publique territoriale. Les ambitions de la communauté d'agglomération en matière de transition écologique font également l'objet d'une appréciation contrastée. Si les intentions sont saluées, les résultats demeurent insuffisants comparés aux objectifs inscrits dans le plan climat-air-énergie-territorial (PCAET) 2019-2024. Ce dispositif, articulé autour de neuf axes, priorise les actions de réduction de la consommation d'énergie des bâtiments, l'amélioration des mobilités ou le développement de l'économie circulaire. La création d'un guichet unique de la rénovation énergétique Paris-Saclay Rénov'ou l'installation de bornes de recharge pour véhicules électriques font ainsi partie des actions adoptées par la CPS. Le rapport conclut toutefois que seules 37 % des 126 actions prévues sont considérées comme atteintes. En matière de numérique, les magistrats soulignent la « volonté d'innover » de la CPS, à travers notamment le développement d' « Urba IA ». Ce jumeau numérique intégrant les différents plans locaux d'urbanisme (PLU) du territoire est un outil d'aide à la décision pour apprécier la compatibilité des projets de décision d'urbanisme avec le cadre réglementaire. Testé sur trois zones pilotes (Courtaboeuf, Chilly-Mazarin et Palaiseau) et doté d'un budget initial de 4,95 millions d'euros, cet outil doit être livré en 2027.
Ambitions écologiques renouvelées
Dans sa réponse en date du 30 mai 2025, le président de l'intercommunalité et maire (Horizons) de Palaiseau Grégoire de Lasteyrie indique que la CPS s'est dotée, fin 2024, d'un poste consacré au suivi des questions foncières et patrimoniales pour fiabiliser et clarifier son inventaire. L'élu défend par ailleurs le bilan du PCAET 2019-2024 : « Au total, ce sont 92 % des actions qui ont été lancées et 79 % qui sont actives à divers niveaux ». Et souligne que l'adaptation au changement climatique, intégré seulement à mi-parcours dans le précédent plan, constitue désormais « l'une des grandes orientations » du nouveau PCAET 2025-2031.