« Tout le monde était conscient de la situation financière de la métropole d’Aix-Marseille », estime Martine Vassal auprès du Figaro

« Tout le monde était conscient de la situation financière de la métropole d’Aix-Marseille », estime Martine Vassal auprès du Figaro ENTRETIEN - La présidente du département des Bouches-du-Rhône souhaite rétablir « la vérité » sur la situation de la métropole qu’elle a présidée et dont le budget n’a toujours pas été adopté. L’élue appelle à une réforme de la collectivité.
Six mois après avoir vécu une campagne municipale marseillaise qu’elle qualifie auprès du Figaro « d’extrêmement violente », Martine Vassal (DVD) prend de nouveau la parole pour évoquer la situation financière de la métropole d’Aix-Marseille-Provence, dont elle a quitté la présidence à l’issue du scrutin au profit de Nicolas Isnard (LR). La collectivité, dont le vote du budget est bloqué, accuse un déficit structurel de 144 millions d’euros selon un rapport de la Chambre régionale des comptes (CRC) publié au mois de juin. Une impasse financière et politique qui plonge le conseil métropolitain dans une incertitude qui témoignerait, selon la présidente du département des Bouches-du-Rhône, d’un « problème institutionnel ». L’élue appelle à engager « une réforme profonde » de la métropole. LE FIGARO. - La situation budgétaire de la métropole d’Aix-Marseille-Provence est particulièrement délicate. 144 millions d’euros manquent à l’appel et le projet de budget rectificatif a été rejeté en septembre. Est-il possible de sortir de cette impasse ? Martine VASSAL. - J’ai gardé le silence pendant six mois et je souhaite rétablir la vérité financière de la métropole. Quand je suis partie, il n’y avait pas de « trou » (dans la caisse, NDLR) mais un besoin de financement. On savait bien qu’il y allait avoir une problématique, notamment sur le budget des transports (via la RTM, la Régie des transports métropolitains, NDLR) en raison de ses frais de fonctionnements. Le rapport de la CRC a été publié. Le préfet des Bouches-du-Rhône a confirmé que la métropole n’était pas en faillite. Nicolas Isnard a lui-même reconnu qu’il n’y avait pas de « trou ». La problématique vient du péché originel qu’est la création de la métropole. Pourquoi, selon vous, est-il nécessaire d’engager une « réforme profonde » de la métropole d’Aix-Marseille-Provence ? Le concept métropolitain était une bonne idée. Mais quand on organise des compétences, on en prend la responsabilité. On est allé trop loin, trop vite. Il fallait digérer cette suppression des territoires. Désormais, il faut engager un troisième acte pour la métropole, avec un retour des compétences de proximité vers les territoires, comme pour la Ville de Marseille. La métropole, elle, doit rester compétente sur des éléments stratégiques, comme la mobilité avec la RTM, qui est aujourd’hui un élément indispensable à tous. Un audit financier, demandé par la nouvelle présidente de la RTM (Samia Ghali, issue de la majorité municipale de Benoît Payan) décrit justement la situation « saine » de la Régie, tout en expliquant que des risques « majeurs » sont à prévoir à l’avenir en raison des frais de fonctionnement élevés des transports en commun… Lorsque l’on investit, derrière, il y a automatiquement des frais de fonctionnement. On savait très bien qu’investir allait créer ces besoins ; cela n’empêche pas de revoir le plan de mobilité, comme nous l’avions fait en 2021 et en 2022. Les besoins ont depuis changé pour de nombreux habitants de la collectivité. De nouveaux maires sont arrivés et ils ont des besoins différents. Il nous faut donc revoir le schéma de mobilité. Comment est-on arrivé à une telle situation financière et comment en sortir ? Tout le monde était conscient de la situation financière de la métropole. Ce n’est pas facile et c’est aussi pour cela que j’ai dit stop (à la présidence) et que j’ai soutenu Nicolas Isnard dès le début. Avant, on nous expliquait qu’on ne faisait que se disputer avec Benoît Payan. Aujourd’hui, on voit que ce n’est pas une question de personne, mais surtout un problème institutionnel et de conception de la métropole. Elle doit être revue. Je souhaite que Nicolas Isnard et Madame Ghali réussissent à la tête de la métropole et de la RTM. Aujourd’hui, les choses ne vont pas bien en France, le prix des énergies est colossal. Si nous, élus locaux, n’entendons pas ces problématiques, je pense qu’on va dans le mur. L’État nous fait systématiquement les poches tous les ans (aux collectivités, NDLR). Mais nous ne sommes pas des vaches à lait. Plus de 60 départements seront dans le rouge à la fin de l’année. À un moment donné, il faut dire stop. Va-t-on tout centraliser ? Il faut faire confiance aux élus, qui en ont ras le bol de cette situation. Cette situation financière concerne-t-elle aussi le département des Bouches-du-Rhône, dont vous êtes la présidente depuis 2015 ? La situation est meilleure dans le département des Bouches-du-Rhône. Aujourd’hui, on le désendette. On a bâti ce département, on l’a reconstruit et on a permis aux maires de faire leurs projets. C’est ce que souhaite un électeur quand il donne un mandat à quelqu’un. Ce qu’on dit aujourd’hui en France, c’est que le dialogue avec l’État ne va pas. La campagne municipale a été extrêmement violente. Je me suis recentrée autour de ma famille et mes amis. Aujourd’hui, je suis au travail pour défendre le département. Nous sommes au contact de la population. Et les gens n’y arrivent plus. Aujourd’hui, il faut trouver des solutions pour arrêter de charger la mule des collectivités. Sinon on va dans le mur.