La Ville de Paris réussit enfin à vendre le « grenier » des Goncourt et l’hôtel particulier Haviland

Adjugés, vendus ! Après plusieurs tentatives infructueuses, la Ville de Paris vient enfin de céder aux enchères deux superbes hôtels particuliers des « beaux quartiers » dont elle n’avait plus l’usage : l’hôtel de Montmorency, dans le 16e arrondissement, et l’hôtel Haviland, dans le 17e arrondissement. Ces deux opérations spectaculaires et simultanées devraient faire entrer près de 11 millions d’euros dans les caisses municipales. « Dans les deux cas, nous avons obtenu des prix supérieurs aux évaluations faites par l’administration des Domaines, se réjouit François Vauglin, adjoint chargé de l’urbanisme et de l’architecture. C’est donc une très bonne nouvelle pour les finances de la Ville. » Le gain est plus que bienvenu au moment où le maire, Emmanuel Grégoire, doit boucler un premier budget très compliqué. Le socialiste s’est en effet engagé à ne pas aggraver la dette, qui a augmenté de 130 % sous les mandats d’Anne Hidalgo et devrait frôler les 10 milliards d’euros fin 2026, tout en maintenant un « haut niveau d’investissement » pour tenir ses promesses de campagne. Il a demandé à chaque adjoint de trouver des recettes supplémentaires dans son périmètre. Alors que la vente du Parc des Princes reste hypothétique, l’essentiel des revenus de la Ville repose sur la fiscalité. Pour vendre ses actifs, la Mairie avait l’habitude des enchères traditionnelles, les ventes « à la bougie ». Or, pour ces deux hôtels particuliers, cette méthode n’a pas fonctionné. « Elle oblige les candidats à passer par un avocat, à bloquer des fonds en amont, et cela écarte beaucoup d’acquéreurs potentiels, observe François Vauglin. Là, c’est plus simple, et ça marche ! Les enchères en ligne constituent visiblement un bon moyen pour vendre des biens immobiliers un peu atypiques. Nous allons donc continuer. » Une nouvelle vie s’ouvre ainsi pour deux hôtels particuliers « atypiques » et chargés d’histoire. A commencer par l’hôtel de Montmorency. C’est ici que les frères Jules et Edmond de Goncourt, les fondateurs du fameux prix littéraire, s’installèrent en 1868, lorsque la santé de Jules, atteint de syphilis, l’incita à quitter le centre de Paris pour un lieu de calme et de verdure, l’ancien village d’Auteuil, tout juste annexé. L’hôtel est situé « à la descente du chemin de fer d’Auteuil », écrit Jules de Goncourt dans une lettre de l’époque. En 1884, Edmond de Goncourt fait aménager le second étage pour y accueillir une « parlote littéraire ». C’est ainsi que, le dimanche, le « grenier d’Auteuil » voit passer Emile Zola, Guy de Maupassant, Pierre Loti, Jules Barbey d’Aurevilly, Alphonse Daudet et bien d’autres. Acheté par la Ville de Paris en 1938, l’hôtel des Goncourt est devenu le domicile d’un préfet, puis de sa veuve. Il a ensuite été question d’y installer une institution littéraire, ou des logements sociaux. De délicates tractations ont eu lieu avec la copropriété voisine, la fameuse Villa Montmorency, où habitent notamment Nicolas Sarkozy, Vincent Bolloré et Arnaud Lagardère. Jusqu’à ce que les élus se résolvent à mettre le lieu aux enchères. Parquets anciens, escalier en fer forgé, cheminées, frises et vitraux : l’hôtel comptant 11 pièces pour 274 mètres carrés a finalement trouvé preneur à 5,9 millions d’euros, le 15 septembre. L’acquéreur n’est pas encore connu. « Nous devons vérifier que son projet n’est pas contradictoire avec les politiques que nous menons », explique François Vauglin. La décision devrait être officialisée dans les prochaines semaines.
Mis en vente sur Leboncoin
L’hôtel Haviland, avenue de Villiers, a lui aussi vu passer du beau monde. Edifié entre 1880 et 1882 sur les plans de Jules Février, il a été longtemps occupé par les Haviland, une famille ayant fait fortune dans la porcelaine. L’écrivain Jacques Chardonne (1884-1968), neveu de Charles Haviland, y entendait le « doux trottinement des chevaux » et les « murmures immenses » de la ville « à travers les tentures sombres d’un salon un peu étouffant et très orné ». Occupé par l’ambassade de Corée après la seconde guerre mondiale, l’hôtel de style néo-Renaissance a été acquis par la Ville en 1978, pour y loger le conservatoire Claude-Debussy, puis la Maison de l’Europe entre 2017 et 2024. Depuis des années, son avenir était très débattu. Anne Hildago a pensé le louer ou le vendre aux élus martiniquais pour y abriter une Maison de la Martinique, mais le projet a échoué. Il a alors été décidé de le céder aux enchères, « ce site ne pouvant pas accueillir de logements ni de services municipaux dans des conditions adaptées », selon l’Hôtel de Ville. A l’idée qu’un « trésor historique et culturel » puisse être « bradé au plus offrant », le maire (Les Républicains) du 17e arrondissement, Geoffroy Boulard, a crié au « scandale ». « Nous avons alors fait plusieurs contre-propositions pour que cela reste un lieu public », rappelle son adjoint Jean-Didier Berthault. Toutes ont été balayées. L’hôtel Haviland s’est ainsi retrouvé en vente, d’abord dans une salle d’enchères, puis sur le site Leboncoin, sans aucun succès. Mis à prix à 3,3 millions d’euros sur le site Agorastore le 15 septembre, il y a finalement fait l’objet de 103 enchères, pour un prix final de 5 millions d’euros. Le nom de l’acquéreur sera dévoilé sous peu, et l’opération devrait être soumise au Conseil de Paris de novembre.