En Polynésie, indépendantistes et autonomistes s’unissent pour demander l’ouverture d’un dialogue avec Paris sur l’avenir institutionnel du territoire

Faut-il y voir les prémices de futures discussions sur l’avenir institutionnel de la Polynésie ? Au terme d’une démarche inédite, les forces autonomistes et indépendantistes siégeant à l’Assemblée de Polynésie ont uni leurs voix pour voter, jeudi 24 septembre, une résolution dans laquelle elles demandent l’envoi par les Nations unies (ONU) d’une mission d’information et l’ouverture d’un dialogue avec l’Etat français sur l’avenir du territoire. « Cela constitue un moment historique dans la vie politique de notre pays. Depuis des décennies, l’avenir institutionnel de la Polynésie française nous divise. Aujourd’hui, nous ne nous sommes pas mis d’accord sur l’indépendance ou sur le maintien au sein de la République française, mais nous nous sommes mis d’accord sur ce qui précède ces choix, c’est-à-dire le droit du peuple polynésien de disposer des conditions lui permettant, le moment venu, de choisir librement, démocratiquement, pacifiquement et en connaissance de cause de son avenir », a déclaré le président de l’Assemblée, Antony Géros (Tavini huiraatira). Le texte élaboré par les trois principaux partis politiques – Tavini huiraatira et A Fano Ti’a, pour les indépendantistes, Tapura huiraatira, pour les autonomistes – part de ce constat : depuis la réinscription de la Polynésie en 2013 sur la liste des territoires non autonomes, c’est-à-dire non décolonisés, par les Nations unies, « aucun processus structuré » n’a été engagé, « aucun programme de travail définissant les différentes étapes, les objectifs, les garanties démocratiques et le calendrier du processus d’autodétermination n’a été établi ». Pour y remédier, le texte propose une méthode. Premièrement, l’organisation d’une mission d’information de l’ONU en Polynésie afin que l’organisation puisse disposer « d’une appréciation directe et objective de la situation du territoire et des aspirations de la population polynésienne ». Deuxièmement, que soient définies dans le cadre d’une concertation entre les institutions polynésiennes, l’Etat français et les instances onusiennes « les conditions dans lesquelles, la population pourrait être informée des différentes options institutionnelles ». Enfin, « l’ouverture d’un dialogue structuré avec la République française ». Le timing de ce vote n’est pas anodin. Il intervient avant l’examen, prévu le 5 octobre, de la situation de la Polynésie par la quatrième Commission de l’Assemblée générale des Nations unies, dont l’une des missions est de suivre l’évolution des 17 territoires encore à décoloniser. L’exercice, réitéré chaque année depuis 2013, a jusqu’à présent été sans aucune incidence, la France n’ayant nulle obligation de suivre les recommandations de la Commission. Ni même de participer aux discussions en tant que « puissance administrante », selon la qualification de l’ONU. Paris a d’ailleurs presque toujours pratiqué la politique de la chaise vide.
La balle est dans le camp de Paris
Le rituel d’octobre s’annonçait cependant différent cette fois-ci après qu’Oscar Temaru, le leader historique des indépendantistes, a annoncé fin août qu’il se rendrait à New York pour proclamer unilatéralement l’accession de la Polynésie française « à sa pleine souveraineté ». Une décision ni concertée, ni approuvée par le Tavini huiraatira, son propre parti mais qui a néanmoins contraint les différents camps à réagir, pour aboutir à cette imprévisible résolution commune. Au prix, au passage, d’un cinglant désaveu pour celui qui incarne depuis cinquante ans le combat pour affranchir la Polynésie de la tutelle française. « Les Polynésiens sont las de ce rituel d’octobre qui se répète et n’aboutit à rien. Mais si cette résolution permet aux Nations unies de dépêcher une mission localement, cela devient intéressant. Autrement qu’au travers de discours attendus, chacun devra faire la démonstration » in vivo « qu’il défend la meilleure vision de l’avenir pour la Polynésie », observe Sémir Al Wardi, professeur en science politique à l’université de Polynésie française. Cette étape vers un processus d’autodétermination ne préjuge en aucune manière de l’issue des discussions. C’est à cette condition que les autonomistes du Tapura huiraatira ont accepté de s’associer à l’initiative. « Une mission d’information des Nations unies ne doit pas être conçue comme une mission venant prendre position pour l’indépendance ou pour le maintien du statut actuel. Elle doit permettre de regarder la réalité polynésienne telle qu’elle est », avait souligné le parti, dans un communiqué publié le 21 septembre. Jeudi, avant de passer au vote, leur chef de file, Edouard Fritch, candidat aux élections sénatoriales du 27 septembre, a pris soin de rappeler que la priorité reste aujourd’hui de défendre « une autonomie renforcée mais évolutive au sein de la République française ». Ses amendements ont d’ailleurs conduit à édulcorer sensiblement la résolution. A commencer par son intitulé, qui, d’un appel initial à « la mise en œuvre effective du processus d’autodétermination sous l’égide de l’ONU », est devenu « l’organisation d’une mission institutionnelle de l’Assemblée de Polynésie française aux Nations unies ». L’accord obtenu en commission sur la nécessité de définir un programme de travail et un calendrier pour baliser la voie vers une consultation a été supprimé. Quoi qu’il en soit, aux yeux des indépendantistes, l’essentiel demeure. Le vote de cette résolution constitue bien une tentative de contraindre l’Etat au dialogue. Une délégation composée d’une vingtaine d’élus se rendra à New York pour la défendre auprès des instances onusiennes concernées. Mais la balle est désormais avant tout dans le camp de Paris.