Revue de presse

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Sénatoriales 2026 : Françoise Gatel, ministre et candidate au pas de charge en Ille-et-Vilaine

lemonde.fr · 24/09/2026 · ← revue

Casque de chantier sur la tête et gilet jaune sur les épaules, Françoise Gatel fait le tour de la « ferme d’énergie » de Cesson-Sévigné (Ille-et-Vilaine) : un parc de panneaux photovoltaïques de 6 hectares posé sur un amas de terres de remblai abandonné par la SNCF, où rien ne pousse. La ministre de l’aménagement du territoire et de la décentralisation, en campagne pour les sénatoriales, s’enthousiasme devant « cet exemple de transformation positive. Cela aurait pu être un no man’s land, ici », remarque-t-elle. La visite faite, la candidate offre le café et les croissants. S’adressant au maire (Horizons) Jean-Pierre Savignac, elle plaisante : « Dimanche, vous pouvez aller manger le gâteau d’anniversaire chez votre belle-mère, mais il ne faudra pas oublier d’aller voter. » Le 27 septembre, 93 469 grands électeurs, essentiellement des élus municipaux, répartis dans 63 départements, sont appelés à renouveler la moitié du Sénat. Sénatrice (Union des démocrates et indépendants) de 2014 jusqu’à sa nomination au poste de ministre déléguée chargée de la ruralité en 2024, la centriste de 73 ans est la seule membre du gouvernement à s’être lancée dans le scrutin. Lundi 21 septembre, à Cesson-Sévigné, elle est en terrain conquis. « Je soutiens cette liste », annonce Jean-Pierre Savignac, car Françoise Gatel et sa suppléante, Anne-Sophie Patru, « sont toujours présentes quand on a besoin d’elles ». Cette promesse de vote obtenue, la ministre est déjà sur la route. On l’attend à l’autre bout du département, et elle est en retard. En milieu de journée, attablée devant une galette champignons, comté et ciboulette dans une crêperie de Dinard (Ille-et-Vilaine), elle explique pourquoi elle est candidate à un troisième mandat. « Le Sénat, justifie-t-elle, c’est la prolongation des élus locaux, ces ingénieurs-mécaniciens qui fabriquent des solutions pour leurs concitoyens. Notre pays est dans une situation particulièrement difficile, et il faut s’inspirer de ce qui se passe au niveau local, là où se joue une bonne partie des choses. »

« On fait le job »

En outre, il faut bien préparer l’après-Macron. Françoise Gatel élude, mais elle se dit « préoccupée » par la présidentielle, « instrumentalisée par des gens qui veulent semer le fracas et la fureur et d’autres, plus silencieux, qui profitent du crime ». Comprendre : La France insoumise (LFI) et le Rassemblement national. « Ces gens ont des slogans et des propositions qui ne tiennent pas », prévient-elle. En Ille-et-Vilaine, en tout cas, la ministre ne paraît pas menacée. Même ses opposants le disent. Actuellement, la gauche et les écologistes détiennent deux sièges, la droite et le centre, deux autres. « Des villes ont basculé à droite aux municipales de 2026, rappelle le maire de Cesson-Sévigné. On peut donc attendre un rééquilibrage fort en faveur de nos deux camps. » Françoise Gatel opine. Il serait « archi étrange », pense-t-elle, que la droite et le centre ne conservent pas leurs deux sièges. Elle espère même en décrocher un troisième. « On vit d’espoir… », ironise Daniel Salmon, sénateur (Les Ecologistes) sortant, lui aussi candidat. « La gauche a perdu quelques villes, mais ce n’est pas un basculement », pense-t-il. Mais si socialistes et écologistes se sont unis, avec succès, dès le premier tour des municipales à Rennes, ils partent en ordre dispersé aux sénatoriales. S’ajoutent une liste communiste et une autre menée par LFI. Cet éparpillement crée de « l’incertitude » dans la campagne, reconnaît la sénatrice (Parti socialiste) sortante, Sylvie Robert. « On dit que la gauche est divisée, mais la droite l’est aussi », nuance-t-elle cependant. En effet, Françoise Gatel doit affronter une deuxième liste centriste, conduite par le maire des Portes-du-Coglais (Ille-et-Vilaine), Aymar de Gouvion Saint-Cyr. « Nous sommes de vrais élus de terrain, éloignés des appareils partisans, et nous incarnons une volonté de renouvellement », explique le candidat de centre droit, sans étiquette. Un danger pour Françoise Gatel ? « Je ne sais pas, répond celle-ci. On fait le job. On a ce crédit, et je le dis avec humilité. » A gauche, en tout cas, « on a des raisons d’être optimistes sur le fait de garder les deux sièges de la gauche, malgré le labourage intensif de la ministre », espère Daniel Salmon. L’intensif, souligne l’écologiste, « ça peut lasser ». D’autant que « les élus locaux voient bien que Françoise Gatel participe à un gouvernement sans cap, sans vision, qui mène une politique de gribouille qui conduit à l’austérité ». Il dénonce d’ailleurs « une confusion des genres » dans le fait que, toujours ministre, elle fasse campagne sur le terrain.

Convaincre les élus locaux

Lundi après-midi, la candidate a indiqué aux élus municipaux de Dinard qu’elle avait visité « 260 communes » depuis le 4 juillet. Un vrai marathon : 23 communes par semaine en moyenne, soit à raison de quatre villes par jour, six journées par semaine. « C’est l’équipe qui est allée dans 260 communes, précise-t-elle. Quant à moi, je prends des rendez-vous sur le terrain quand mon activité ministérielle le permet, c’est-à-dire essentiellement le soir, le week-end et le lundi. J’ai la conscience tranquille. » Lundi, Françoise Gatel s’est rendue à Cesson-Sévigné, Vignoc, Dinard et Dol-de-Bretagne. L’argumentaire est bien huilé : elle présente la liste, promet d’être aux côtés des maires, félicite – la cuisine centrale de La Mézière ? « Bravo, très chouette ! » –, écoute les doléances et explique à quoi sert le Sénat. Exemple : toute la journée, un mot est revenu obstinément dans la conversation : « ZAN », comme « zéro artificialisation nette ». Il s’agit de se préparer à ce qu’en 2050 chaque hectare bétonné soit compensé par son équivalent rendu à la nature. Sur le principe, posé par une loi de 2021, tout le monde est d’accord. Mais, dans la pratique, tout le monde proteste. Maire centriste de Dol-de-Bretagne, Charlotte Grégoire affirme qu’il est « douloureux » de répondre aux promoteurs prêts à monter des projets immobiliers dans sa ville que « ce n’est pas possible », alors même que la demande est pressante. La commune a épuisé son quota de terres. « Il faut avoir un objectif de frugalité foncière, répond la ministre. Mais ça ne sert à rien d’avoir des objectifs si on ne peut pas les atteindre parce qu’il faut loger les gens. » Pour elle, la loi de 2021 « n’a pas pris en compte la réalité du terrain. Il faut l’assouplir. On porte vos préoccupations, le Sénat a voté un nouveau texte. Il attend d’être inscrit à l’Assemblée nationale ». Réélue, Françoise Gatel s’y consacrera. Comme ministre ou comme sénatrice ? « Comme ministre, je pense être utile aux élus locaux », dit-elle, évoquant la loi de 2025 sur le statut de l’élu et le travail en cours visant à simplifier la vie quotidienne des élus.