Soutien à l'Ukraine, guerre au Moyen-Orient, crise des carburants : Macron à l'heure des explications

Ce devait être Edouard Philippe, premier invité du grand retour de l'émission « L'Heure de vérité » sur France 2… Ce sera Emmanuel Macron. A peine revenu de l'Assemblée générale de l'ONU à New York, où il s'est livré à un nouveau plaidoyer pour le multilatéralisme face au « retour de l'âge de la barbarie », le chef de l'Etat s'est invité ce jeudi soir sur les deux principales chaînes françaises, TF1 et France 2, pour une émission spéciale. Près d'une semaine après avoir reçu tous les chefs de parti (ou leurs candidats à la présidentielle) à l'Elysée pour faire le point sur une situation internationale grave, entre la guerre au Moyen-Orient et celle en Ukraine, aux conséquences lourdes et durables en France, il souhaite donner le signal d'alarme.
Montrer qu'il multiplie les initiatives
« Il y a beaucoup d'angoisses chez les Français et il veut expliquer le contexte, par exemple répéter pourquoi on doit soutenir l'Ukraine alors que le soutien de l'opinion s'effrite », note un proche. La dernière fois qu'Emmanuel Macron était intervenu sous ce format, c'était le 6 juin 2024 depuis Caen, pour les 80 ans du Débarquement. C'était juste avant la dissolution. Depuis, le président de la République a moins la main sur la politique nationale et a entamé la série des « derniers » dans un contexte politique toujours aussi fragile. Cette semaine, c'était son dernier discours devant l'Assemblée générale de l'ONU. Ce sera bientôt le dernier 11-Novembre avant des derniers voeux très attendus. Intervenir sur TF1 et France 2 à une heure de grande écoute lui permettra aussi de montrer qu'il multiplie les initiatives au niveau diplomatique pour résoudre les crises. L'occasion également de rappeler que l'exécutif n'est pas responsable de la hausse des prix à la pompe, même si l'ampleur des déficits empêche le gouvernement d'être beaucoup plus aidant. En 2021, dans la foulée du « quoi qu'il en coûte » et de l'explosion de l'inflation après le Covid, le gouvernement de Jean Castex avait été beaucoup plus généreux en mettant en place le bouclier tarifaire.
Trouver les bons remèdes pour calmer la grogne
Mardi, le gouvernement a mis en place une nouvelle salve de mesures pour soutenir les gros rouleurs et les principales filières concernées (pêcheurs, agriculteurs, BTP…). Le chef de l'Etat suit de très près les tensions liées au carburant en France, pressant le gouvernement de trouver les bons remèdes pour calmer la grogne. « Il se pose la question de savoir comment va se terminer son quinquennat », note un député socialiste. De son côté, Sébastien Lecornu tente d'éviter une censure sur le budget et, après avoir fait des appels du pied au RN, il a appelé les socialistes à « bâtir un compromis ». Sans surprise, ces nouvelles mesures ont été critiquées. Le président du RN, Jordan Bardella, a dénoncé sur X « l'usine à gaz des chèques » et réclamé une nouvelle fois la baisse de la fiscalité sur l'essence. La numéro un de la CGT, Sophie Binet, a elle aussi dénoncé sur RTL une « usine à gaz » et une « goutte d'eau » et (re) demandé le blocage des prix. D'habitude la politique internationale n'intéresse pas trop les Français, là on voit qu'elle a un effet direct et durable.
Un élu centriste
En se plaçant de nouveau au centre du jeu, Emmanuel Macron ne manque pas non plus de s'attirer des critiques. Autant la réunion avec les partis a été jugée utile, autant le second acte à la télévision est considéré comme moins évident. Le chef de l'Etat, obligé de s'éclipser de la scène nationale depuis sa dissolution ratée, est toujours critiqué pour son goût de la communication. « Il veut rester au centre du jeu », tacle un élu. Pour un autre, plus conciliant, l'enjeu de l'émission est aussi de rappeler les lourdes conséquences des crises internationales. « D'habitude la politique internationale n'intéresse pas trop les Français, là on voit qu'elle a un effet direct et durable », estime un élu centriste. Le locataire de l'Elysée fait presque oublier la campagne présidentielle, déjà mise entre parenthèses dans la tête des Français qui font face au rebond de l'inflation. Edouard Philippe, qui devait participer à « L'Heure de vérité » en prime time ce jeudi sur France 2, n'excluait pas d'y présenter ses propositions sur les retraites, sujet sur lequel le candidat Horizons est très attendu pour démonter l'idée qu'il n'est pas que le candidat d'un report de l'âge légal jusqu'à 67 ans. L'émission a été reportée au début du mois d'octobre. Gabriel Attal a, lui, tenté de rebondir en convoquant mercredi au dernier moment une conférence de presse pour présenter ses propositions en matière d'énergie. Pour le candidat Renaissance, il s'agissait aussi de montrer qu'il veut s'adresser aux préoccupations des Français alors que la guerre entre les deux anciens Premiers ministres d'Emmanuel Macron s'intensifie un peu plus chaque jour.