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Présidentielle : « Aucun candidat n'envisage de retour en arrière face à l'IA »

Les Échos · 23/09/2026 · ← revue

L'intelligence artificielle promet de bouleverser nos vies et, parmi ces bouleversements, celui de nos métiers et de nos emplois fait partie de ceux qui inquiètent le plus. Face aux cinq millions d'emplois menacés d'ici cinq ans, selon la Coface, le sujet ne pouvait que devenir politique. Qu'il le devienne n'était pourtant pas évident : le sujet est technique, émergent et les études de l'impact de l'IA sur l'emploi ne sont pas unanimes. Et pourtant, les candidats à la présidentielle s'en emparent, et la thématique occupe une place croissante dans leur discours. Ainsi, les deux tiers d'entre eux ont déjà commencé à l'intégrer dans leur discours. De manière plus significative, cinq candidats disposent d'un programme structuré : Attal, Hollande, Mélenchon, Philippe, Retailleau. L'impact de l'IA sur l'emploi intéresse ainsi l'ensemble des composantes politiques. Bien sûr, les visions des candidats sont loin d'être convergentes, mais elles oscillent toutes entre deux postures : le réalisme et l'optimisme.

Les candidats entre réalisme et optimisme

L'analyse des prises de position de l'ensemble des candidats à la présidentielle nous montre en effet que, parmi ceux qui se sont exprimés, aucun d'entre eux n'envisage de retour en arrière. Leur vision est donc fondamentalement réaliste : l'IA est une nouvelle révolution technologique, qui s'imposera progressivement au sein des entreprises. On ne pourra plus, demain, travailler ni même se former sans IA. De manière beaucoup plus surprenante, et ce malgré certaines prévisions alarmistes, la tonalité prédominante quant à l'impact de l'IA sur l'emploi est à l'optimisme. Bien sûr, presque tous les candidats soulignent que les gains de productivité se traduiront par des destructions d'emplois dans certains secteurs ou métiers, mais ils sont nombreux aussi à souligner la dynamique créatrice : de nouveaux métiers apparaîtront, et le solde entre destructions et créations d'emplois ne sera pas nécessairement négatif, bien qu'il reste incertain (de Villepin, Hollande, Mélenchon, Philippe). Dès lors, la question de l'impact de cette dynamique sur les métiers et trajectoires professionnelles se pose (Cazeneuve, Philippe, Ruffin), et l'accompagnement des reconversions professionnelles est une piste souvent explorée (Hollande, Attal, Philippe).

Une transformation à accompagner

L'optimisme continue de prédominer concernant la manière dont l'IA transformera nos modes de travail. Si cette transformation n'est en effet pas complètement analysée par les candidats, la plupart en soulignent les effets positifs : l'accélération (Hollande, Philippe), la suppression de tâches pénibles (Mélenchon, Retailleau, Roussel, Zemmour), l'accroissement de la qualité (Mélenchon, Philippe). Cette transformation n'est pas sans risque et pose la question de la confiance en l'IA : jusqu'à quel point peut-on lui confier des tâches ? Sans consensus total, les candidats abordent globalement tous la réflexion avec, là encore, du réalisme et du pragmatisme : il s'agit de s'assurer que l'humain reste en contrôle. Pour cela, quelques orientations se dégagent : supervision humaine systématique des décisions assistées par l'IA (de Villepin, Cazeneuve), droit de regard des salariés sur l'utilisation de l'IA (Hollande, Roussel), interdiction de certains usages (Mélenchon). Parmi les risques abordés par les candidats, celui de la perte de souveraineté en matière d'IA est récurrent. Parmi les risques abordés par les candidats, celui de la perte de souveraineté en matière d'IA est récurrent, que ce soit pour éviter tout déclassement national (Attal, Glucksmann, Philippe, Le Pen) ou contrer l'influence étrangère, notamment américaine (Cazeneuve, Ciotti, Glucksmann, Hollande, Mélenchon, Philippe, Ruffin). Dans cette perspective, de nombreux candidats proposent un plan d'investissement massif au service d'une filière nationale de l'IA, qui se traduira par exemple par la formation de plus d‘ingénieurs (Philippe) ou le développement d'infrastructures souveraines (Ciotti, Mélenchon, Philippe, Roussel).

Deux lignes s'affrontent

Si la question de la souveraineté est consensuelle, une autre émerge, implicitement ou explicitement, et est beaucoup plus clivante : à qui doivent profiter les gains de productivité promis par la révolution de l'IA ? Deux lignes s'affrontent : 1. La première ligne est issue du libéralisme : les gains de productivité permettront aux entreprises d'améliorer leur performance, d'investir, d'augmenter les salaires et d'améliorer les conditions de travail. Les candidats du bloc central et de la droite se rallient, souvent implicitement, à cette vision. 2. La seconde ligne postule que les gains de productivité sont à partager avec les employés, et notamment pour réduire le temps de travail. Il s'agit de libérer du temps et non des effectifs. C'est la position de Roussel et surtout de Mélenchon, dont le corpus s'articule autour de cette vision. Au final, l'analyse des postures des candidats à la présidentielle fait émerger une idée centrale : l'Etat devra se doter d'une nouvelle compétence et se renforcer pour accompagner la transition du marché de l'emploi. Que l'Etat soit demain stratège, par exemple pour structurer une filière souveraine, protecteur, pour minimiser les ruptures de carrière, ou accélérateur, pour faciliter l'adoption de l'IA et de ses usages, il sera, dans tous les cas, beaucoup plus présent sur le sujet. Mais pour cela, encore faut-il être en capacité de poser une analyse précise de l'impact de l'IA sur l'emploi (quels secteurs ? quels métiers ? comment ? quelles compétences ?) et d'imaginer des solutions utiles et chiffrées. S'il est heureux de constater que les candidats ont commencé à travailler, avec sérieux, réalisme et optimisme, il faut aussi souligner qu'il leur reste encore du travail à accomplir. Florian Richard-Dap est directeur Evaluation des politiques publiques à Ipsos bva. Marion Guitton est directrice de mission Evaluation des politiques publiques à Ipsos bva.

Florian Richard-Dap, Marion Guitton