Présidentielle 2027 : la primaire socialiste percutée de plein fouet par l'affaire Philippe Brun

Par Hadrien Valat
Jusqu'à ce mercredi matin, il n'était toujours pas possible de connaître avec certitude le casting complet du premier débat de la primaire de la gauche sociale-démocrate, organisé le soir même sur LCI. Au final, ils seront cinq - Raphaël Glucksmann, Olivier Faure, Ségolène Royal, Emmanuel Maurel et Jérôme Guedj - face à David Pujadas, à répondre aux questions d'un panel de Français. Le député Philippe Brun, lui, n'en sera pas. L'ambitieux député de l'Eure, qui avait obtenu les parrainages nécessaires pour participer, a été suspendu la semaine dernière à titre conservatoire du Parti socialiste et donc de la primaire, après des accusations de violence contre une ancienne collaboratrice. La direction du parti à la rose avait évoqué des faits « susceptibles de relever d'une caractérisation pénale ».
Recours en référé rejeté
Une décision prise à la quasi-unanimité par les instances du parti. « On a eu à décider entre de mauvaises solutions. Ça aurait été un naufrage si le parti ne l'avait pas suspendu : on manque de recul mais l'affaire aurait pu prendre une ampleur dix fois plus forte », justifiait une figure de l'opposition interne, qui, une fois n'est pas coutume, avait voté comme la direction. « Je refuse de me laisser démolir », avait alors déclaré Philippe Brun, rejetant en bloc les accusations de violence et s'insurgeant contre une « instrumentalisation ». Mais, sur les coups de 10 heures ce mercredi matin, la justice a rejeté le recours en référé du principal intéressé, qui demandait à être réintégré dans le parti et dans la primaire in extremis.
« Mesure stalinienne d'exécution »
Cela n'a pas empêché le Normand de revenir à la charge, un article du « Canard enchaîné » à l'appui. Selon l'hebdomadaire, l'appel de dénonciation passé auprès de la direction du PS, quelques minutes avant la clôture du dépôt des candidatures, n'a pas été passé par la plaignante mais par la directrice de cabinet d'Olivier Faure. « On a menti à la justice […] il s'agit d'un coup monté », a accusé Philippe Brun, qui a tenu une conférence de presse à la mi-journée. C'est une « mesure stalinienne d'exécution » : « Il n'y a pas d'affaire Brun, il y a une affaire Olivier Faure », a-t-il contre-attaqué. L'élu, spécialiste des questions budgétaires, a annoncé qu'il saisissait la Cour d'appel de Paris et a réclamé la convocation en urgence d'un bureau national du PS afin « de dire ce qu'il s'est passé » et lui permettre de redevenir candidat à la primaire.
Tout le monde a peur de se prendre une balle du jour au lendemain
Un élu socialiste du Nord
Si le conseiller municipal de Louviers est très isolé dans sa défense, d'autres aussi, au sein de la sphère sociale-démocrate, versent dans les théories du complot. Et l'affaire, encore très opaque, fait planer sur le scrutin une atmosphère de suspicion généralisée. Désormais, « tout le monde a peur de se prendre une balle du jour au lendemain », relate un élu socialiste du Nord.
« Une décision difficile mais cohérente »
Ces scénarios dignes de la série « Baron noir » sont balayés par Olivier Faure et ses soutiens. La défense de Philippe Brun est « absurde » et « ne tient pas debout », balaie un proche du Premier secrétaire. Quel intérêt à éliminer un concurrent qui n'avait que très peu de chances, sur le papier, de l'emporter ? « La direction du PS a juste pris une décision difficile mais cohérente avec le discours sur la parole des femmes dans le contexte de la loi intégrale », souligne le même. Quand bien même Philippe Brun était réintégré par son parti, « pas sûr qu'il puisse reprendre le train de la primaire en marche », pointe un député socialiste. Car le premier débat sur LCI, en prime time, lance pour de bon la course à l'investiture sociale-démocrate à la présidentielle. Raphaël Glucksmann et Olivier Faure, les deux principaux soupirants, fourbissent leur duel, quand Ségolène Royal entend bien jouer les trouble-fêtes.