Présidentielle 2027 : comment Retailleau veut pousser les Français à travailler plus longtemps sans faire bondir l'âge légal

Par Ulysse Legavre-Jérôme, Solenn Poullennec
C'est à 22 heures, au milieu d'une actualité saturée par la crise des carburants et les tensions géopolitiques, que Bruno Retailleau a choisi de dévoiler les grandes lignes de sa réforme des retraites. S'il est élu en 2027, le président des Républicains (LR) instaurera un âge de départ minimal à 63 ans, contre 62 ans et 9 mois depuis la suspension de la réforme de 2023, a-t-il annoncé, mardi, sur le plateau de LCI. Une proposition timide en apparence mais qui cache un véritable bouleversement du système. Car pour obtenir une retraite maximale, les Français n'auraient pas à cotiser plus de 42 ans, comme cela est prévu. Ils devraient en fait travailler jusqu'à 65 ans pour obtenir une retraite à taux plein dans presque tous les cas de figure. Et ceux qui feront le choix de partir entre 63 ans et 65 ans subiront une décote sur leur pension de 7 % par année manquante.
« Un système profondément de droite »
Avec la réforme de Bruno Retailleau, même les travailleurs qui auraient cotisé suffisamment longtemps devraient atteindre la nouvelle borne de 65 ans pour pouvoir bénéficier du taux plein. En échange, pour mieux faire passer la pilule, le candidat LR propose que les personnes qui ont une carrière complète à 63 ans n'aient pas à payer de cotisations pendant les deux ans qui leur restent pour bénéficier du taux plein. De quoi augmenter leur salaire de 11 % par mois sur cette période, défend le trésorier de LR, Pierre Danon, en charge du programme économique. Si ce système rappelle la proposition d'instauration d'un âge d'équilibre faite la semaine dernière à l'issue de la conférence des partenaires sociaux sur les retraites, « c'est un système profondément de droite », assure-t-on au siège de LR. « Tout le monde a la liberté de choisir de partir dès 63 ans, mais chacun aura la responsabilité d'en assumer la décote », défend un conseiller du Vendéen. Ce dernier précise cependant que ces conditions ne concerneront pas les travailleurs handicapés ou en situation d'invalidité, pour lesquels les règles de départ resteraient inchangées. Bruno Retailleau promet en outre d'en finir avec les départs anticipés accordés aux personnes entrées tôt sur le marché du travail (carrières longues), un dispositif qualifié de « largement aveugle à la réalité des métiers » par son équipe. Le candidat LR renvoie la question de la prise en compte de la pénibilité de certains métiers aux partenaires sociaux. Les départs anticipés devront être « fondés sur l'usure réelle ». Certains pourront aussi bénéficier d'adaptation de poste, de temps partiel ou de « rachat de décotes », énumère son entourage.
Espérance de vie
Comme Bruno Retailleau l'avait annoncé lors du débat organisé par le Medef, fin août, le candidat LR entend aussi indexer l'âge du taux plein de 65 ans sur l'espérance de vie. Un mécanisme qui permettrait selon lui d'éviter « un psychodrame » tous les dix ans, s'il faut revoir les paramètres du système de pensions pour assurer l'équilibre. Pour l'entourage du Vendéen, la réforme proposée est « plus juste » que celle portée par Elisabeth Borne en 2023. Car les femmes qui ont des carrières hachées et sont aujourd'hui obligées d'attendre 67 ans pour bénéficier d'un taux plein (avec l'âge d'annulation de la décote) gagneraient « deux ans de retraite », est-il avancé par les conseillers du candidat. Certains pourraient cependant faire valoir que des cadres partiraient plus tôt que dans le système actuel, mais la durée de cotisation, si elle est insuffisante, continuera de peser sur le niveau de la pension (via le système de proratisation).
Introduire un étage de capitalisation
L'ancien ministre de l'Intérieur souhaite par ailleurs introduire un étage de capitalisation. « C'est fondamental pour les jeunes mais aussi pour nos entreprises si, demain, on ne veut pas que ce soient des fonds américains ou étrangers qui les rachètent », a affirmé Bruno Retailleau sur LCI. « Demain, chaque salarié, du privé comme du public, aura un compte individuel à son nom bloqué jusqu'à la retraite, que personne ne pourra toucher à sa place », résume son entourage, promettant que « les rendements de 4 % bénéficieront à tous ». Ces comptes seront financés par une cotisation de 1 % divisée à parts égales entre le salarié et l'employeur. Ce qui n'empêcherait pas les cotisations de baisser dans l'ensemble grâce « aux économies faites sur les dérives de notre système social », poursuit un proche. Mais Bruno Retailleau n'a pas encore totalement levé le voile sur les réformes qui permettraient de tenir son objectif de 150 milliards d'euros d'économies d'ici à 2032. Et il n'a pas non plus précisé les économies que pourrait générer sa réforme des retraites en elle-même.