Revue de presse

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ENQUÊTE. Restauration en crise à Rennes : pourquoi les liquidations et redressements se multiplient

Ouest-France · 22/09/2026 · ← revue

L’affaire aura tenu à peine plus d’un an. Durant l’été, le tribunal de commerce de Rennes a prononcé la liquidation judiciaire de Maison Paganelli, un restaurant corse situé à deux pas de la place des Lices.

Depuis quelques mois, les faillites de restaurants se multiplient à Rennes comme en France : «Vingt-cinq établissements ferment chaque jour », a récemment alerté dans la presse le chef étoilé Thierry Marx, également président de l’Union des métiers et des industries de l’hôtellerie (Umih).

Plus d’un millier de restos : trop ?

La restauration traditionnelle est la plus touchée. Selon le nouvel Observatoire économique de la restauration réalisé par l’Umih, l’Ille-et-Vilaine a enregistré une baisse de chiffre d’affaires de 5 % au deuxième trimestre 2026, par rapport à 2025 et 5,1 % sur les six premiers mois de l’année.

Et à Rennes ? Pierre Clolus, restaurateur et représentant de l’Umih 35, explique : «Après un printemps très compliqué avec des baisses de 20 à 30 % de chiffre d’affaires, l’été a été meilleur. Grâce notamment aux touristes venant du sud, à cause des feux et de la canicule. Néanmoins, les chiffres sont en baisse partout dans la restauration assise. »

Une tendance qui s’explique par « des changements d’habitude, notamment le midi, où l’on continue de perdre des clients ». La clientèle d’affaires du centre-ville a tendance à « se reporter sur de l’offre de restauration à l’extérieur ».

Depuis le Covid, le télétravail s’est également développé, réduisant le nombre de déjeuners pris à l’extérieur. Une évolution appuyée par « des tensions sur le pouvoir d’achat qui mettent en concurrence les restaurants avec les boulangeries et enseignes de vente à emporter ». Les salariés « se trouvent obligés d’arbitrer entre l’essence, les courses et les restaurants ». L’une des preuves : « Les tickets-restaurant sont davantage utilisés pour faire les courses. »

Une centaine d’établissements en vente

Mais ces évolutions ne peuvent éluder une autre hypothèse : la potentielle suroffre de restaurants dans le centre-ville. On en compterait en effet plus d’un millier. Entre 2024 et 2025, pas moins de 50 % des commerces ouverts dans le centre-ville étaient des restaurants, relève une étude de l’Agence d’urbanisme et de développement de l’agglomération rennaise, l’Audiar.

De nouvelles adresses aux concepts variés : bouillons, bistrots, restaurant immersif japonais, italiens, assiettes à partager… Mais qui s’installent cependant sur un marché qui, même dans une métropole au pouvoir d’achat relativement aisé, n’est pas illimité. Selon nos informations, une centaine d’établissements seraient actuellement à vendre, sans trouver preneur.

Depuis dix-huit mois, le nombre de procédures, redressements et/ou liquidations, est en augmentation. Clément Villeroy de Galhau, président du tribunal de commerce de Rennes, évoque notamment le groupe Birati, dirigé par le Rennais David Özdemir. «La procédure de redressement judiciaire, ouverte le 2 mars pour une dizaine d’adresses de débit de boissons et de restauration a été prolongée de six mois, après un premier semestre d’observation. »

Hausse des dossiers au tribunal de commerce

Il analyse : «Le groupe s’est diversifié dans la restauration haut de gamme, mais cela n’a pas fonctionné. Ils vont redémarrer sur leur cœur de métier : les cafés et bars. » Eric Challan Belval, président du Medef 35, partage le même constat : «La restauration subit un effet ciseaux : d’un côté une clientèle qui continue de sortir mais a baissé son ticket moyen. Et de l’autre les charges des restaurateurs qui ne cessent d’augmenter. »

Le marché rennais pourrait donc continuer à se réguler dans les prochains mois, jusqu’à revenir à une offre, et donc à un nombre de restaurants, en adéquation avec la demande.