Présidentielle 2027 : malgré une campagne tous azimuts, Gabriel Attal ne décolle pas

Il est en campagne depuis quatre mois exactement. Le 22 mai dernier, mettant fin à un faux suspense savamment entretenu, Gabriel Attal se lançait dans la course à la présidentielle depuis Mur-de-Barrez dans l'Aveyron. Tout au long de l'été, l'ancien Premier ministre a battu la campagne, multipliant les déplacements et les interventions médiatiques. Au final, sa candidature n'a toujours pas décollé dans les sondages. Selon le baromètre PrésiTrack, réalisé par OpinionWay pour « Les Echos » et Radio Classique, il se retrouve distancé par Edouard Philippe si les deux hommes maintiennent leur candidature (8 % contre 15 %) et fait nettement moins bien que lui s'il est le seul candidat (14 % contre 19 %).
Statu quo entre Attal et Philippe
De quoi susciter l'inquiétude de nombreux poids lourds de la droite et du centre, qui estiment que la candidature de l'élu des Hauts-de-Seine est vouée à l'échec. « Il a commencé l'été à 7 % dans les sondages et, en sortant, il est encore à 7 % », tacle un cadre du bloc central. Face à Edouard Philippe, Gabriel Attal n'a pas rattrapé son retard. Sans dynamique pour l'un comme pour l'autre, c'est le statu quo entre les deux candidats. « Ce qui est inquiétant pour Gabriel Attal, c'est de ne pas voir de signe de dynamique à ce stade car il est en retard dans les sondages. Mais il lui reste du temps même si la pression pour une candidature unique va aller en s'accroissant », note le sondeur Bruno Jeanbart, vice-président d'OpinionWay. Gabriel Attal n'en continue pas moins de mener sa campagne tambour battant, s'estimant satisfait des quatre premiers mois et n'oubliant jamais de tacler Edouard Philippe. « Je suis très satisfait de là où nous sommes. Notre campagne est structurée. On est les seuls à chercher à réveiller cette campagne que beaucoup cherchent à endormir pour gérer une avance sondagière », a-t-il assuré ce lundi matin à l'occasion d'une conférence de presse au siège de Renaissance. Début septembre, il a lancé l'opération « 1.000 bistrots » pour tenter de toucher un public différent peu habitué aux joutes politiques. « Il a compris qu'il devait parler aux Français et ne pas être dans les tambouilles internes. Mais cette opération c'est uniquement de la communication et c'est insincère », estime un député du bloc central.
Un vivier de fidèles à défaut de ralliements
Les députés Renaissance Agnès Pannier-Runacher et Paul Midy ont été nommés responsables de son programme. Pour faire sa campagne, le candidat puise dans le vivier de fidèles de son parti, faute de pouvoir aligner des ralliements. C'est sa grande différence avec Edouard Philippe. Le maire du Havre peut compter sur quelques poids lourds (ou ex) de la droite qui l'ont rejoint, pas Gabriel Attal. Les deux hommes prennent de plus en plus leurs distances avec Emmanuel Macron, mais leurs adversaires les renvoient sans cesse à cet héritage. « Gabriel Attal s'inspire de Nicolas Sarkozy qui avait rompu avec Jacques Chirac, mais il ne faut pas oublier qu'à l'origine Sarkozy était Balladurien », rappelle un macroniste. Gabriel Attal multiplie les propositions comme la semaine dernière, sur l'Europe. Il veut bâtir « les Etats-Unis d'Europe » autour d'un noyau dur de pays mais cette proposition n'a trouvé quasiment aucun écho. Elle vise aussi à ramener à lui l'électorat macroniste qui, selon les sondages, est plus tenté par la candidature Edouard Philippe. Gabriel Attal fait une campagne pop-corn alors que la situation est grave.
Un élu de son camp
Comme l'ensemble des prétendants à la présidentielle, le candidat de Renaissance peine à être audible pour dérouler ses propositions. La flambée de l'essence, l'intensité des conflits au Moyen-Orient ou en Ukraine saturent l'espace médiatique et politique et inquiètent les Français. Celui qui, dès le lancement de sa campagne, a misé sur une campagne « optimiste » se retrouve en porte-à-faux. « Gabriel Attal fait une campagne pop-corn alors que la situation est grave », tacle un élu de son camp.
Appel à une primaire
Il croit encore à la possibilité de rassembler sur sa candidature. « Je suis convaincu que le projet que je porte, que l'espace politique que je défends va permettre de faire le rassemblement derrière moi », a-t-il déclaré dimanche sur France Inter. Il ne convainc pas encore. Ce week-end, lors de sa rentrée à L'Isle-sur-la-Sorgue (Vaucluse), François Bayrou, le président du Modem, a appelé au lancement d'une grande primaire pour désigner une candidature unique de la droite et du centre face à Marine Le Pen. L'initiative a neuf chances sur dix d'échouer tant ceux qui y sont opposés sont nombreux, mais elle montre que ni Gabriel Attal ni Edouard Philippe ne font figure de candidat naturel aux yeux du Modem. Entre les deux candidats déclarés du bloc central, la distance se fait plus grande au fur et à mesure que le temps passe. Aux tacles de Gabriel Attal, Edouard Philippe a demandé à ses équipes de ne pas répondre. Mais cela ne tient plus comme le révèlent les journalistes Jérémy Marot et Pauline Theveniaud dans « Le Crépuscule des princes » (Editions du Rocher). « Il n'a pas fait un an au ministère de l'Education et il a fait six mois à Matignon. Il n'a jamais fait un budget à Matignon. Il ne va pas nous expliquer qu'il a une expérience de dingue ! Il peut y aller mollo quand même », déclare dans ce livre le maire du Havre, selon un extrait rapporté par « La Tribune dimanche ».