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Présidentielle 2027 : Ségolène Royal, le facteur X de la primaire socialiste

Les Échos · 21/09/2026 · ← revue

Par Hadrien Valat

Le changement de braquet à de quoi étourdir. Auprès de quelques journalistes fin août, Ségolène Royal, qui venait d'annoncer son intention de concourir à la primaire de la gauche sociale-démocrate, s'arc-boutait sur de nobles principes : pour faire campagne, l'ancienne finaliste à la présidentielle de 2007 disait miser sur son rapport intime noué avec les Français, loin, très loin « des petites phrases sur untel ou untel ». De quoi incarner la « France tranquille » dont elle a fait son slogan. Trois semaines plus tard, dans « Libération », c'est une autre Ségolène Royal, désormais toutes griffes dehors, qui étrille ses concurrents. Au premier rang desquels le favori du scrutin, Raphaël Glucksmann : « Pour diriger un pays, il faut déjà avoir un métier. Ou avoir dirigé ne serait-ce qu'une collectivité locale ou une structure étatique et obtenu des résultats concrets positifs. Vous ne mettez pas un stagiaire à la tête d'une entreprise. »

Ping-pong

Une sortie de route malencontreuse aux détours d'une interview fleuve ? Rien de cela. Dimanche soir sur BFMTV, l'ancienne ministre de la Transition écologique persiste et signe : « Il est stagiaire en politique, moi j'ai eu quatre mandats de parlementaire, j'ai géré une région pendant dix ans, j'ai été quatre fois ministres, j'ai géré la COP21. » « Elle a raison de souligner que je ne suis pas, moi, en politique depuis 45 ans, que je n'ai pas quémandé des postes, moi, auprès d'Emmanuel Macron pour être ministre ou finir ambassadrice », a contre-attaqué Raphaël Glucksmann sur France Info ce lundi matin, en référence à la nomination de la socialiste comme ambassadrice pour les Pôles arctique et antarctique (2017-2020) et à sa lettre de candidature au président de la République fin 2024 pour prendre la suite de Michel Barnier à Matignon.

Rappel à l'ordre

Dans cette primaire, « il n'y aura pas de sang sur les murs », promettait Olivier Faure. C'était sans compter sur « Ségo » et sa sulfateuse. Pas du goût de la commission d'organisation de la primaire, qui l'a rappelée à l'ordre dans un communiqué. « Nous demandons fermement à Ségolène Royal de revenir à une attitude respectueuse » après des « moqueries inacceptables », a écrit ce lundi matin l'instance dirigée par l'ancien député des Bouches-du-Rhône Patrick Mennucci. A l'heure du déjeuner, l'arbitre des élégances socialistes a dû s'étouffer sur sa soupe au pistou en découvrant l'entretien publié par « Le Nouvel Obs ». Raphaël Glucksmann en prend à nouveau pour son grade : « Il était au meeting de Sarko [en 2007, l'année où le ministre de l'Intérieur de Jacques Chirac l'avait emporté face à… Ségolène Royal]. Il ne vient pas de la gauche, il ne peut pas comprendre le peuple », canarde l'ex-députée des Deux-Sèvres. « Et puis, il a peur, ça se voit à sa posture. Il est déjà en burn-out », renchérit-elle. Quant à Olivier Faure, s'il n'est « pas désagréable », il est quand même « un peu retors », cingle la même. Qu'à cela ne tienne, les porte-flingues de Raphaël Glucksmann sont prêts à rendre les amabilités. « Généralement, quand mamie perd la boule, on désigne un tuteur, on ne lui file pas les clés du camion », ose un proche de l'essayiste. « Elle va taper sur tout le monde, c'est pour ça que Faure l'a acceptée dans la primaire », estime-t-il.

L'allumette et le carburant

Très offensive, la socialiste prête aussi le flanc aux attaques. D'anciennes positions controversées, sur la chloroquine lors de l'épidémie du Covid-19, ou sur la guerre en Ukraine, seront sûrement autant de munitions pour ses concurrents lors des trois débats télé à l'agenda. De toute évidence, Ségolène Royal, seule femme en lice de la désignation du camp social-démocrate, ne compte pas se cantonner à un rôle de faire-valoir, dans l'ombre du duel annoncé entre Raphaël Glucksmann et le premier secrétaire du PS, Olivier Faure. Au-delà de son « sens de la formule » toujours intact, elle a pour elle « ses intuitions », « son côté un peu décalé » et sa notoriété auprès « du grand public » qui peut contribuer au succès de la primaire, salue une cadre du PS. « Elle revient affûtée », s'amuse une autre huile. Même si, pour l'heure, ses propositions concrètes pour la France se font encore attendre. Mis à part sa volonté de bloquer le prix d'essence, son va-tout. Alors que le prix à la pompe du gazole a atteint les 2,40 euros, elle suggère de le faire tomber à 1,70 euro. Pour ce faire, l'ex-présidente de la région Poitou-Charentes entend supprimer des taxes sur les carburants. Un manque à gagner pour l'Etat qui serait compensé par une reprise de l'activité et une diminution des faillites des artisans et des commerçants, soutient-elle… Si le fond ne prend pas le pas sur ces bisbilles dans les prochaines semaines, les sociaux-démocrates auront certes réussi à faire parler d'eux, mais risquent de ne pas sortir indemnes de cette bataille.

Hadrien Valat