Revue de presse

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Présidentielle 2027. « Liberté, égalité, fraternité, on en parle très peu dans cette campagne »

Ouest-France · 21/09/2026 · ← revue

Professeur émérite d’histoire de l’université de Nantes, John Tolan embrasse la scène politique de son regard franco-américain. Né aux États-Unis, il devient Français en 1993. Retraité, il poursuit ses activités de recherche et vient de publier un livre disponible en librairie : L’antisémitisme européen au Moyen Âge.

En 2025, accusé par une frange de l’extrême droite de favoriser dans ses travaux l’idéologie des Frères musulmans, John Tolan avait interpellé deux ministres pour faire part de ses inquiétudes.

Presse Océan : De quelle France rêvez-vous en 2032, à la fin du mandat du prochain chef de l’État ?

Johan Tolan : « Un pays apaisé déjà, que les Français de toutes origines, de toutes confessions, de toutes cultures politiques puissent dialoguer ensemble. Je souhaite également un pays activement engagé à affronter les grandes crises de notre monde. La première est celle des inégalités. Les deux mandats d’Emmanuel Macron ne les ont pas réduites, mais au contraire accentuées. L’autre grande crise est celle de l’environnement. Nous constatons les effets du réchauffement climatique, notamment avec l’été que nous venons de vivre. Et je pense aussi à la question des pesticides, entre autres. »

« J’ai peur d’une France où les propos haineux et les actes violents deviennent de plus en plus communs »

Que redoutez-vous que la France soit devenue en 2032 ?

« J’ai peur que nous ayons en 2027 une présidente coupable de détournement de fonds (N.D.L.R. Marine Le Pen s’est pourvue en cassation et reste présumée innocente) et que ce soit la porte ouverte à la corruption. Je le dis en tant que Français mais aussi en tant qu’Américain. Je vois ce qu’il se passe aux États-Unis où un criminel coupable de différents délits a été élu une première fois, puis réélu.

On voit dans ce pays les effets de la destruction des valeurs et des institutions républicaines. Heureusement qu’il existe une résistance dans certains domaines. Je crains que le même phénomène se reproduise ici en France avec une radicalisation du discours et d’actes contre des groupes, que ce soit les immigrés, les juifs, les musulmans… J’ai peur d’une France où les propos haineux et les actes violents deviennent de plus en plus communs, que l’on soit de plus en plus divisés. »

L’université et la recherche sont-elles des sujets dont le politique prend la mesure ?

« J’ai l’impression que l’université est en crise. Les budgets qui y sont consacrés sont en forte baisse, entraînant des coupes. On peut par conséquent difficilement donner un service de qualité aux étudiants, aux équipes de recherche. Je pense plus globalement que ce sont les services publics (les hôpitaux, les écoles…) qui sont touchés, entraînant leur déclin. »

« Il y a une dizaine d’années, je disais que si Trump était élu, je resterais en France ».

Vous êtes franco-américain, vous disposez de la double nationalité, les deux pays sont-ils condamnés à s’éloigner ou à se rapprocher ?

« Difficile à prédire. On peut imaginer que Trump ne soit plus au pouvoir en 2032. Mais si le pouvoir est trumpiste et RN en France, on peut penser qu’ils seront alliés et auront une même vision du monde. Le RN serait de plus en plus aligné sur la politique de Trump et de son successeur. On peut aussi imaginer que ce soient des gouvernements progressistes d’un côté et de l’autre et qui dans ce cas se rapprochent. Ou encore deux gouvernements sur des lignes différentes, un plutôt progressiste de gauche et l’autre de droite identitaire… »

Vous vous sentez de mieux en mieux en France au fil des années ou êtes-vous moins à l’aise ?

« Je suis bien en France et à Nantes, mais c’est vrai que l’on ne sait pas ce que l’avenir nous réserve. Il y a une dizaine d’années, je disais sous forme de boutade que si Trump était élu aux États-Unis, je resterais en France. Et que si Marine Le Pen était au pouvoir, j’allais repartir aux États-Unis. Je ne pensais pas que l’un et l’autre pouvaient arriver.

J’ai été attaqué comme historien par l’extrême droite, on m’a accusé de falsifier l’histoire car je suis contre sa vision de l’histoire européenne qui ne serait selon elle que blanche et chrétienne. Toutes mes recherches montrent l’importance notamment des juifs et musulmans dans cette histoire européenne. On peut penser qu’un ministre de la Recherche ou de l’Éducation RN va être assez hostile aux travaux que je mène.

Mais aux États-Unis aussi, ceux qui travaillent sur l’histoire de l’esclavage, les inégalités hommes-femmes, sur la crise climatique, sont violemment attaqués par l’administration Trump. Il existe une politique agressive anti-université aux États-Unis. J’ignore si le RN ferait de même, mais c’est fort possible. »

Pour qui voterez-vous le 18 avril 2027 ?

« J’avoue que je n’en sais rien. Je vous ai fait part de mes espoirs et craintes, mais personne ne m’inspire vraiment. J’aimerais un candidat qui défende à bras-le-corps les valeurs républicaines, liberté, égalité fraternité dont, j’ai l’impression, on parle très peu. »