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Captages d'eau et pesticides : le décret qui divise

Les Échos · 21/09/2026 · ← revue

Par Marie Bellan

C'est l'un des points majeurs de la loi d'urgence agricole votée cet été, souvent éclipsé par les débats sur l'acétamipride. La protection des captages d'eau polluée par des pesticides doit faire l'objet d'un décret dont une première version a été mise en consultation ces derniers jours. L'objectif du ministère de la Transition écologique est de le voir publier d'ici à la fin de l'année. La ministre Monique Barbut en a fait l'un de ses points prioritaires lorsqu'elle a accepté de revenir au gouvernement après sa démission avortée cet été. Pour l'heure, les griefs des collectivités locales restent importants car le texte mis en consultation est orienté vers une stratégie plus curative que préventive. Un captage sera désigné comme nécessitant des mesures de protection renforcées, pouvant aller jusqu'à l'interdiction de certains produits, si les prélèvements atteignent 100 % de la limite de qualité en eau potable dans les eaux brutes.

Une dépollution très coûteuse

Trop tard, estiment les collectivités et les associations de consommateurs qui voudraient ramener cette limite à 80 %, de manière à pouvoir agir avant que le captage soit totalement pollué et que les traitements deviennent nécessaires. Ce seuil de tolérance a un impact important sur le nombre de captages qui seraient dits « prioritaires ». Sur les 33.000 captages d'eau du territoire, 6.000 seraient considérés comme prioritaires avec un seuil de 80 % de la limite de qualité atteinte, ce nombre tomberait entre 1.950 et 2.350 avec un seuil de 100 %. Ce critère plus souple évite de trop restreindre les agriculteurs dans leurs pratiques culturales mais risque de coûter plus cher à terme car la dépollution des eaux est de plus en plus onéreuse. Selon un rapport de l'Agence de l'eau Seine-Normandie dévoilé il y a quelques jours par le média Contexte, « il est en moyenne trois fois plus coûteux de dépolluer des eaux brutes chargées en nitrates et pesticides que de réduire la pollution à la source, toutes choses égales par ailleurs ».

Principe du pollueur-payeur

Le gouvernement est par ailleurs très discret sur les financements nécessaires à la dépollution de ces captages. Un silence qui fait craindre aux élus locaux que la facture ne retombe exclusivement sur eux : « Il faut des objectifs clairs de réduction de la pollution et un vrai partage des responsabilités entre les metteurs sur le marché [les fabricants de produits phytosanitaires, NDLR], l'Etat et les collectivités. Le financement de la lutte contre les pollutions doit être pris en charge par le principe du pollueur-payeur et non par les usagers de l'eau qui pourraient voir leur facture d'eau augmenter de plus de 100 euros par an », prévient le collectif Amorce. Une perspective qui pourrait donner des sueurs froides à l'exécutif, déjà très préoccupé par les problèmes de pouvoir d'achat qui refont surface en France. Outre la qualité des eaux, plusieurs régions s'interrogent aussi sur la disponibilité de la ressource en eau après la sécheresse qui a sévi cet été et les précipitations qui tardent toujours à se manifester. Un mal pour un bien, espère Régis Taisne, chef du département « cycle de l'eau » à la Fédération nationale des collectivités concédantes et régies : « La baisse du niveau des nappes phréatiques entraîne une plus forte concentration des pollutions, c'est donc un facteur aggravant. Mais dans le même temps, la sécheresse pourrait permettre de prendre conscience de la rareté d'une eau de bonne qualité et de la nécessité de la préserver avant tout. »

Marie Bellan