« On trichait sur l’âge pour partir à Paris » : les souvenirs malicieux de 50 ans d’élèves et profs à l’école de Paimpol
Ils ont partagé la même salle de classe, la même cour de récréation, et souvent, les mêmes instituteurs. Je ne reconnais pas tout le monde, comment voulez-vous ? Je les ai connus, ils avaient 10 ans et c’était dans les années 1970, lâche, amusée, Janine Le Cam qui, gilet rose sur les épaules, est repérée par beaucoup. Elle a été prof de 1972 à 1984 où j’ai pris ma retraite, à 57 ans. C’était une période où l’on pouvait partir plus tôt. Dimanche 20 septembre 2026, elle, comme d’autres à la retraite, des anciens élèves, et des parents devenus aujourd’hui grands-parents se sont retrouvés dans l’enceinte de l’école Gabriel-Le Bras, à Paimpol (Côtes-d’Armor), pour la dernière récréation de l’établissement.
« On disait que je bronzais une passoire sur les joues ! »
Le lieu, dont la première pierre a été posée fin 1971, a ouvert le 14 septembre 1972, après la grève, deux ans plus tôt, de parents soutenus par la Ville, face à la vétusté des baraquements mobiles abritant les 250 élèves, place du Champ-de-Foire. L’établissement scolaire a depuis accueilli des milliers d’élèves, avant de fermer en 2022 en raison d’un manque de sécurité. Sélectionnée pour être le lieu de la nouvelle école, elle doit être démolie courant 2027.
Alors ce dimanche, on fouille les vieilles photos. On ressasse les souvenirs. On s’amuse de se voir changer parfois plus qu’on ne le voudrait. Que voulez-vous… On était tous beaux et belles, glisse Sylvie, sourire aux lèvres, les yeux sur un cliché datant de 1975. Tenez, parmi la nuée d’élèves derrière les pupitres, voilà la tête de [ma] sœur !. À Le Bras, seuls les bons souvenirs remontent. Je revois toutes les classes qui sortaient en même temps à la récréation. J’adorais ça, cette mixité. On faisait du patin à roulettes, reprend Mercedes, en CM2 en 1974, remarquée par ses taches de rousseur. On disait que je bronzais une passoire sur les joues ! On jouait aussi aux billes. Je repense à un bac à sable où on refaisait le Tour de France avec des petites figurines, ajoute Christophe, à l’école primaire de 1976 à 1980.
Une nostalgie qui fait sourire
Au fil de la conversation, reviennent également en mémoire les adultes de l’époque. Comme ce directeur très sévère, toujours en cravate ou cette maîtresse, Mme Piriou, adorable. Qu’est-ce qu’elle était belle, bien habillée et très bien maquillée. Elle était rayonnante.
Les anciens enseignants rejouent aussi la salle de classe, finissant par avouer quelques filouteries. On correspondait par courrier avec une école de Courbevoie, et cela nous permettait de partir trois jours en voyage à Paris. La SNCF à l’époque nous offrait des prix intéressants pour les moins de 10 ans. Bon, oui… On trichait sur l’âge d’un ou deux enfants, confie Janine Le Cam, l’œil rieur et les 93 ans dans le viseur.
C’est vrai que l’école Le Bras était un rayon de soleil, ajoute Jean-Pierre Ballarini, instituteur de CM1 et CM2 entre 1999 et 2009. J’adorais voir ces enfants venir de partout : des fils et des filles de commerçants, de fonctionnaires, de travailleurs, d’agriculteurs, etc. Ils arrivaient, parfois, tristes le matin et l’enjeu, c’était de les voir repartir le soir, en souriant. Et, on peut le dire, beaucoup avaient le sourire ce dimanche.