« Fléau des littoraux », et si les algues vertes trouvaient une utilité insoupçonnée dans la construction ?
Depuis des décennies, elles sont la bête noire des côtes bretonnes et normandes. Pourtant, les algues vertes pourraient constituer une ressource potentielle insoupçonnée dans l’industrie. C’est en tout cas le cœur des travaux menés par David Terradot-Piot. Spécialisé dans la production de béton et de granulats, ce formateur en matériaux de construction et de l’industrie à Unicem Campus Bretagne de Louvigné-du-Désert, près de Fougères, planche sur le sujet depuis quelques mois.
Son idée ? La valorisation par le recyclage de ces déchets naturels. Pour lui, ces biomasses pourraient, après des traitements adaptés, constituer une ressource potentielle pour l’industrie, notamment dans le BTP. Sur les littoraux français, les algues vertes représentent un fléau aussi bien pour la biodiversité que pour l’homme, note David Terradot-Piot.
Collaboration mondiale
Mais le problème est en réalité mondial. J’ai pu le constater lors de mes précédents postes en Guadeloupe, et plus largement dans les Antilles, touchées par la prolifération des sargasses, les algues brunes, poursuit-il. Dans la tête de ce Haut potentiel intellectuel (HPI), la réflexion ne s’arrête pour ainsi dire jamais. J’y ai vu un potentiel, glisse-t-il. Je me suis dit pourquoi pas voir s’il est possible de les introduire dans la structure cimentaire.
Dans le domaine, tout reste à faire. J’ai effectué 480 heures de recherche sur le sujet avant de me lancer, remarque le spécialiste des matériaux de construction. Son travail est mené en étroite collaboration avec des chercheurs et scientifiques du monde entier sur la question.
La tâche s’annonce délicate et de longue haleine. Car les algues s’avèrent toxiques. Il faut d’abord les traiter pour les débarrasser des métaux lourds, du chlorure et de l’arsenic qu’elles contiennent, développe David Terradot-Piot. Pour cela, des protocoles doivent être mis en place. La présence d’arsenic concerne surtout les sargasses et doit être étudiée précisément, tout comme les chlorures, la salinité et la variabilité de la biomasse, complète-t-il.
Enjeux écologiques et de santé
On en est là pour l’heure, confie le formateur. Le lavage, la désalinisation et le séchage sont aussi des procédés à étudier. Des essais permettront ensuite de tester différentes méthodes d’incorporation dans la matrice cimentaire. La calcination serait, par exemple, une façon de réduire l’algue en fine poudre, juge le spécialiste.
Là encore, tout sera question de dosage. Ce procédé pourrait, à terme, remplacer en partie le ciment utilisé dans la construction des bâtiments ou encore la rénovation de routes. Et réduire l’impact en CO2. Mais David Terradot-Piot veut rester prudent. Il y a encore du travail. On est sur de l’innovation bas carbone mais il y a aussi des enjeux écologiques et de santé derrière, plaide-t-il. Le déchet peut devenir une ressource.
Ce projet révolutionnaire, d’envergure mondiale, entend apporter sa pierre au débat de la lutte contre la prolifération des algues vertes et sargasses. Avec le réchauffement climatique, le problème ne va pas aller en s’arrangeant, alerte David Terradot-Piot. Plus vite on avancera sur le sujet, mieux ce sera.