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« Je les laisse aller vers ce qui les intéresse » : Marie fait l’école à la maison à ses deux fils depuis onze ans

Ouest-France · 19/09/2026 · ← revue

Tous les enfants ont repris le chemin de l’école. Tous… ou presque. Dix jours après la rentrée, à l’heure où les ados de son âge sont déjà en classe, Anouk, 15 ans, avale un croissant avant de se mettre au travail à la table de l’appartement familial, dans le quartier des Hauts-de-Saint-Aubin à Angers. Assis à côté, son frère Adonis, 12 ans, est déjà prêt à entamer sa journée. En général, on travaille le matin et on consacre les après-midi au sport ou à d’autres activités, explique leur maman, Marie Corbet. L’organisation est rodée, et pour cause : voilà onze ans qu’elle pratique l’instruction en famille (IEF) avec ses fils.

Anouk a fait sa maternelle dans une école privée avec un beau projet pédagogique. Puis on est partis en voyage en van pendant cinq mois, et à notre retour, nous n’avons pas trouvé d’établissement chouette près de Combrée, où nous venions de nous installer, se remémore Marie. Encouragée par une amie adepte de l’école à la maison, elle décide alors de se lancer, en accord avec son mari Sylvain, cadre à La Poste. J’avais toujours eu envie d’une pédagogie qui soit plus à l’écoute des besoins des enfants. Ça me semblait évident de rester avec eux, de les voir progresser à leur rythme, avance cette ancienne naturopathe, qui a cessé son activité à la naissance de son aîné.

« Je les laisse aller vers ce qui les intéresse »

Depuis, Marie Corbet n’est jamais revenue en arrière. C’est assez bluffant de voir qu’on n’a pas besoin d’enseigner pour qu’ils apprennent, observe-t-elle : Ils absorbent par l’expérience, par le jeu, par leur curiosité naturelle. On a commencé très tard l’abstraction du calcul, par exemple, et pourtant ils sont très bons en maths. La clé de la réussite ? Leur laisser le temps. Si Anouk a su déchiffrer ses premiers mots à 5 ans, le garçon n’a commencé à être à l’aise en lecture qu’à 10 ans. Ça peut sembler tard, mais j’étais confiante, assure la maman. Un jour, j’ai eu le déclic et je me suis mis à prendre beaucoup de plaisir à lire, commente le garçon, qui suit une première technologique STI2D.

En dehors du « bachotage » nécessaire à la préparation du brevet ou du bac, Marie n’impose rien à ses fils : On regarde le programme ensemble et je les laisse aller vers ce qui les intéresse. Livres, cahiers d’exercices, vidéos et supports en ligne leur permettent d’approfondir leurs connaissances. Et quand leur concentration baisse, les garçons ont droit à des pauses pour papouiller leurs trois chats ou se défouler sur le trampoline installé dans le petit jardin. Bien que loin des cours de récréation, Anouk et Adonis ne se sentent pas isolés. Ils s’entrainent au ping-pong et au tennis avec des jeunes de leur âge, et partagent régulièrement des activités avec d’autres familles IEF angevines.

La « chance » de voyager à vélo durant neuf mois

En général, les gens ont deux types de réactions. Certains trouvent qu’on a de la chance, d’autres me disent : “Mais comment vous faites ?”, s’amuse Anouk. Lorsqu’on demande leur avis aux deux frangins, la réponse fuse : C’est une grande chance ! Car dans cette maison, l’IEF s’inscrit dans un équilibre de vie plus global. Libérée des contraintes du calendrier scolaire, la famille part régulièrement à l’aventure en dehors des frontières de la France. Son dernier périple à vélo l’a emmenée au Maroc, en Espagne et au Portugal durant neuf mois l’année dernière. On a rencontré plein de cultures différentes, c’est quelque chose qu’on n’aurait jamais pu faire si on était à l’école, se réjouit Anouk.

Inspectée chaque année, Marie Corbet a toujours obtenu l’autorisation d’enseigner à ses enfants. Car depuis 2021, une simple déclaration ne suffit plus à pratiquer l’IEF : l’État se donne le droit de la refuser s’il l’estime nécessaire. Une mesure contre laquelle l’Angevine s’est battue, avec d’autres familles, au sein de l’association LED’A. On sent une volonté de ramener tous les enfants dans le système. Je ne souhaite pas que l’école à la maison soit un modèle unique, mais qu’on ait la liberté de le faire si on en éprouve l’envie, défend-elle. Adonis et Anouk ne diront pas l’inverse.

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