«L’arôme de son lait est intéressant» : star de l’écomusée à Rennes, la chèvre des fossés a été sauvée de la disparition
Avec ses longs poils, la chèvre des fossés est avec la coucou de Rennes et le mouton d’Ouessant, la star de l’écomusée à Rennes (Ille-et-Vilaine). Pourtant, elle revient de loin. Il y a trente ans, cette race caprine était en voie d’extinction, avec seulement une trentaine d’individus. C’était la vache du pauvre,raconte Fabrice Jan, responsable du pôle agropastoral de l’Écomusée de la Bintinais. Elle vivait dehors, au piquet sur les bords de route. C’est là qu’elle se nourrissait et en même temps assurait l’entretien des talus. Elle donnait du lait et des chevreaux à son propriétaire.
Mais elle n’avait pas de code race et a fini par tomber dans l’oubli, supplantée par l’arrivée de chèvres plus productives. Si elle a été sauvée, c’est grâce à une poignée de passionnés, comme Laurent Avon, ingénieur à l’Institut de l’Élevage, grand connaisseur des races fermières à très petits effectifs ou Jean-Paul Cillard, zootechnicien de l’écomusée, passionné des races anciennes qui se souvenait d’avoir grandi avec dans sa famille, deux chèvres, Pauline et Perette, sociables et sympathiques.
Retrouvée dans le Cotentin
Tous les deux prennent la mission de sauvetage très à cœur, entreprennent des recherches. Et c’est dans le Cotentin qu’ils retrouvent la trace d’une chèvre des fossés. La propriétaire ne voulait pas s’en séparer. L’animal valait 10 francs, ils l’achètent 700 francs, s’amusait à raconter Jean-Paul Cillard, aujourd’hui retraité. La chèvre est emmenée à La Hague, sur le sentier du littoral pour la faire saillir par un bouc Napoléon, qui vivait à l’état sauvage. Grâce à d’autres animaux retrouvés chez des particuliers et des éleveurs, le premier noyau d’un troupeau « pépinière » se constitue. Son but ? Faire naître de nouveaux reproducteurs.
En 2005, la chèvre des Fossés est officiellement reconnue. Aujourd’hui une trentaine vit à l’écomusée qui donne naissance à une cinquantaine de chevreaux chaque année. Mais pour sauver durablement une population, il faut lui trouver des débouchés économiques. C’est une chèvre rustique, adaptée au climat océanique doux et humide de la région, au lait dont l’arôme et la qualité sont très intéressants », explique Fabrice Jan.
L’écomusée vend ses chevreaux à de nouveaux éleveurs en Bretagne, Normandie et Pays de la Loire, qui produisent et transforment le lait, mais aussi pour l’écopâturage.
On compte aujourd’hui environ 2 000 chèvres des fossés. L’Association de sauvegarde et de promotion de la chèvre des Fossés rassemble, elle, 178 adhérents.
Ce week-end, l’écomusée organise le concours national avec 100 chèvres et boucs, évalués sur leurs qualités morphologiques avec aussi une note d’originalité génétique. À l’heure où l’agriculture doit aussi faire face aux changements climatiques, conserver un large réservoir de diversité génétique, c’est se donner davantage de possibilités pour l’avenir.
Samedi 19 septembre et dimanche 20 septembre 2026, de 14 h à 18 h, à l’écomusée du Pays de Rennes, Route de Châtillon-sur-Seiche, entrée libre.