« Le bâtiment va être revendu par la banque » : à Ploemeur, l’école de commerce Sup’Affaires ferme ses portes
En liquidation judiciaire, l’école Sup’Affaires, a définitivement fermé ses portes mardi 15 septembre 2026. Installée sur un nouveau campus flambant neuf de 4 000 m², au parc de Soye à Ploemeur, il y a seulement deux ans, elle a été reprise par l’Escam, école supérieure de commerce, des affaires et du management de Lorient. Explications avec le directeur fondateur de l’établissement liquidé, Jérôme Dupuy. Comment l’établissement en est-il arrivé au stade de la liquidation judiciaire ? Ça ne date pas forcément d’hier… On était précédemment - depuis la création de l’école en 2017 - dans des locaux à Keryado, avec jusqu’à 110 étudiants : l’école avait une belle notoriété et d’excellents résultats (au-delà de 93 % de taux de réussite aux examens). Là-bas, on a fini par se retrouver à l’étroit, puisqu’on devait refuser des inscriptions. On a finalement pris la décision en 2022 de construire un bâtiment au parc de Soye, à Ploemeur, pour pouvoir multiplier par deux la capacité d’accueil d’étudiants. Les travaux ont duré deux ans, et quand nous avons fait notre première rentrée, en 2024, avec 170 jeunes, la courbe de l’apprentissage s’est complètement inversée, avec un budget de l’État largement amoindri. Le niveau dit de « prise en charge » - soit ce que rapporte à l’école un étudiant - a baissé de 18 %. Notre chiffre d’affaires est passé d’environ 1,3 million à moins d’un million. Sans compter les aides aux entreprises qui ont été divisées par quatre en deux ans, qui ont eu un impact direct sur les formations en alternance. Quel a été le budget investi dans ces nouveaux locaux ? Ça a coûté un peu plus de deux millions, sans subventions. Il aurait fallu qu’on soit 200 dans ce bâtiment pour avoir une activité pérenne. Les écoles qui s’en sortent font partie de groupes ou sont soutenues par des fonds d’investissement, nous étions a contrario une école indépendante. Vous avez envisagé de rejoindre un groupe ? Il y a eu plusieurs projets. Celui de fusionner avec une autre école de Lorient, dont je tairai le nom. Mais aussi avec une école de Rennes qui aurait voulu nous rejoindre dans nos locaux, mettre sa marque et relancer l’activité, mais qui s’est retirée au dernier moment, le 31 août. Combien coûtait en moyenne une année de scolarité à Sup’Affaires ? Environ 7 000 €, financés par les organismes paritaires agréés par l’État pour financer l’apprentissage. Comment se fait-il que le nombre d’étudiants soit passé de 150 en avril dernier à 75 pour cette rentrée 2026-2027 ? La mise en redressement judiciaire en janvier 2026 a fait peur. Nos concurrents ont aussi joué là-dessus… Dans le cadre de la procédure de liquidation judiciaire, l’école a été rachetée par une école jusqu’alors concurrente, l’Escam… À quel prix ? Je ne peux pas le communiquer. Mais en réalité, l’Escam - seul repreneur au tribunal - a simplement fait une offre pour racheter les contrats des 75 étudiants et du matériel et mobilier. Que vont devenir désormais ces locaux flambant neufs ? C’est un bâtiment qui est en crédit-bail, qui sera certainement revendu dans les prochaines semaines par la banque. Je n’ai plus la main, je ne suis pas propriétaire mais seulement locataire du crédit-bail. Le plan de cession prévoit la reprise de 12 formateurs et un salarié, quelle est la suite pour vous et le reste de l’équipe ? 13 ont été repris sur 28 : 15 sont malheureusement en cours de licenciement économique. Pour ma part, je suis dirigeant travailleur non salarié, je me retrouve donc sans rien, ni aide, ni chômage. Quel est votre état d’esprit ? Je le vis mal car il n’y a pas eu d’erreur de gestion, on a toujours eu les meilleurs taux de réussite du bassin. On en est là seulement car les engagements de l’État n’ont pas été tenus du tout, alors même qu’on nous incitait à investir dans des bâtiments il y a trois ans.