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« En termes de rayonnement et d'attractivité, c'est évidemment positif » : la grande bataille des villes pour séduire les étudiants

Les Échos · 16/09/2026 · ← revue

Par Laurent Thévenin

C'est une nouvelle carte à jouer pour les villes. Elles vont désormais pouvoir briguer le label « vie étudiante », qui sera lancé officiellement en fin d'année par l'Association des villes universitaires de France (Avuf). Logement, restauration, culture, sport, mobilités, offre de formations, politique de solidarité… Avec pas moins de 86 critères - qui seront passés au crible par des auditeurs -, le cahier des charges se veut exigeant. L'Avuf, qui rassemble 120 collectivités, vise une dizaine de premières villes labellisées à l'ouverture des inscriptions pour Parcoursup 2027, dans quelques mois. Les plus de 3 millions d'étudiants (dont un quart en Ile-de-France) sont une population très convoitée par les villes, grandes et moyennes. « C'est tellement important pour la dynamique territoriale de fixer les jeunes et d'en attirer d'autres que c'est une priorité absolue. C'est un moteur démographique et économique. Il ne peut pas y avoir de stratégie de développement sans un volet enseignement supérieur et recherche, parfois même pour des territoires ruraux », résume François Grosdidier, le maire divers droite de Metz et président de l'Avuf.

« Un vrai combat »

Comme le rappellent les élus locaux, la meilleure façon de gagner des étudiants reste encore et toujours d'attirer de nouveaux établissements ou d'obtenir l'ouverture de nouvelles formations. Mais « c'est un vrai combat, parce que la tendance est à ouvrir les formations dans les grandes villes, qui sont pourtant thrombosées », assure Yves Nicolin, le maire LR de Roanne (38.000 habitants) et président de Roannais Agglomération (102.000 habitants), dans la Loire. Avec « 2.600 à 3.000 étudiants selon les années », il estime que son agglomération « tire plutôt bien son épingle du jeu » malgré la proximité de Clermont-Ferrand, Saint-Etienne et Lyon. « Il faut mieux territorialiser l'offre », plaide François Grosdidier, lui-même à la tête de « la seule métropole française » à être, selon lui, « encore sous-universitarisée par rapport aux autres métropoles et à son bassin de population » (122.000 habitants pour la ville de Metz et 230.000 pour l'Euro-Métropole). La capitale de la Moselle compte désormais 24.000 étudiants, « mais il nous reste des marges de croissance ». Vu les enjeux, les communes et les intercommunalités n'ont eu d'autre choix que d'investir beaucoup dans le financement de l'enseignement supérieur et de la vie étudiante. Le tout alors que les dotations de l'Etat aux universités sont en baisse. « Pour les partenariats avec les universités Jean Monnet et Lyon 1, on est aux alentours de 300.000 euros par an pour l'agglomération. Ce n'est pas négligeable », indique Yves Nicolin. Grand levier d'action des collectivités : le financement des bâtiments. « Ces six dernières années, entre la région, le département et l'agglomération, nous avons investi plus de 50 millions d'euros au total sur le bâtimentaire et sur toutes les aménités autour des campus, », indique par exemple Florian Bercault, le maire divers gauche de Laval (49.000 habitants) et président de sa communauté d'agglomération (près de 120.000 habitants), qui compte près de 7.000 étudiants pour un objectif de 10.000 à horizon 2030.

Impact économique

A Caen (41.000 étudiants pour une ville de 110.000 habitants), la communauté urbaine a, elle, prévu d'investir environ 18 millions d'euros sur la durée du mandat pour les établissements d'enseignement supérieur. « On accompagnera par exemple l'université pour la réhabilitation de son campus historique afin qu'il puisse recevoir davantage d'étudiants », détaille Nicolas Joyau, le président (Modem) de Caen-la-Mer (280.000 habitants), dans le Calvados. Des investissements qui sont payés de retour. En 2025, l'impact économique total de l'université de Caen-Normandie - qui comprend 13 sites dans le Calvados, la Manche et l'Orne - pouvait être estimé à 473 millions d'euros et plus de 8.400 emplois (directs, indirects et induits) dans sa région, selon une étude du cabinet CMI pour le Club Phénix, son réseau de partenaires (entreprises, collectivités, associations). A eux seuls, ses 31.000 étudiants ont été à l'origine de 365 millions d'euros de dépenses (directes et induites). « En termes de rayonnement de l'agglomération et d'attractivité, c'est évidemment positif d'être une ville universitaire », ajoute Yves Nicolin, qui privilégie des formations débouchant « le plus possible » sur de l'emploi local. Les agences de développement économique et d'attractivité ont d'ailleurs « fortifié leur stratégie » en direction des étudiants après s'être emparées du sujet « pour aider les entreprises à recruter », signale Cindy Emond, responsable études et publications au CNER, leur fédération nationale. L'amélioration du cadre de vie est aussi un grand axe pour les collectivités. « Quand il a le choix entre deux formations équivalentes dans deux villes différentes, l'étudiant va évidemment regarder aussi l'environnement dans lequel il va s'inscrire », insiste Nicolas Joyau, alors que Caen est régulièrement bien classée dans le palmarès des meilleures villes étudiantes publié chaque année par « L'Etudiant ». En tête des priorités : le logement étudiant. « Nous sommes l'une des rares collectivités à cofinancer le Crous (Centre régional des oeuvres universitaires et scolaires) et, lors du dernier mandat, nous sommes arrivés à rénover presque tout son parc de résidences, qui était obsolète. Nous avons également mobilisé nos bailleurs sociaux sur la création d'une offre étudiante », détaille François Grosdidier. A Laval, « on finance le doublement des capacités du Crous », signale pour sa part Florent Bercault. Le développement des mobilités douces ou des transports en commun figurent aussi en bonne place. « Il y a un gros effort dans ce domaine, y compris dans de petites villes, parce que certains campus sont excentrés », souligne Sandy Campart, le premier vice-président de l'Université Caen-Normandie, citant le cas d'Alençon, dans l'Orne, « où nous avons travaillé sur la fréquence des bus et les horaires à privilégier ». Tous ces enjeux d'attractivité risquent de redoubler avec la baisse à venir des effectifs étudiants en France attendue, pour des raisons démographiques, à partir de la rentrée 2033.

Laurent Thévenin